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Faut-il choisir son camp ?

France Culture - Savoirs · mis à jour il y a 15 j

Entre "la violence" et "la République", Sébastien Lecornu appelle chacun à "choisir son camp". Une impasse..

L'appel de Lecornu

Le Premier ministre Sébastien Lecornu a appelé, le 20 octobre 2026, les Français à "choisir leur camp" entre la République et la violence, en désignant implicitement La France insoumise (LFI) comme responsable des troubles. Cette déclaration a été faite après des violences urbaines survenues le week-end précédent, marquées par des incendies, des dégradations et des affrontements avec les forces de l’ordre. Lecornu a répété ce message le lendemain à Paris, puis à l’Assemblée nationale, où il a interpellé directement la députée Mathilde Panot de LFI, l’invitant à condamner l’incendie d’une mairie à Limoges, lié selon les autorités à un suspect de l’ultra-gauche. Cette rhétorique repose sur une opposition binaire entre deux camps, où la violence est présentée comme l’apanage exclusif d’un seul groupe politique.

La réponse de Bardella

Jordan Bardella, président du Rassemblement national (RN), a repris à son compte l’expression "choisir son camp" le 21 octobre 2026, en déclarant que les responsables politiques devaient se positionner clairement. Il a accusé l’extrême-gauche de soutenir les casseurs lors des manifestations, tout en affirmant que le RN, lui, soutenait les forces de l’ordre en se rendant dans les commissariats pour s’assurer de leur protection. Bardella a ainsi placé le RN dans une posture de défenseur de l’ordre public, tout en pointant du doigt LFI et ses alliés comme complices des violences. Cette déclaration s’inscrit dans un contexte où le RN cherche à se présenter comme le garant de la stabilité institutionnelle, face à une gauche radicale perçue comme source de désordres.

La réaction de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon, leader de La France insoumise, a rejeté catégoriquement l’idée de "choisir son camp" lors d’une intervention sur LCI le 21 octobre 2026. Il a qualifié cette rhétorique de "détestable", soulignant que la violence ne devait pas être instrumentalisée pour diviser la société. Mélenchon a rappelé que les violences étaient condamnables, quelle que soit leur origine, et a critiqué le Premier ministre pour avoir réduit le débat à une opposition simpliste entre deux camps. Cette position reflète une stratégie politique où LFI cherche à se présenter comme une force modératrice, tout en dénonçant les tentatives de diabolisation dont elle fait l’objet.

Le campisme, une vieille histoire

L’appel à "choisir son camp" s’inscrit dans une logique politique appelée le campisme, une rhétorique qui a connu son apogée pendant la Guerre froide. Le campisme consiste à diviser le monde en deux blocs opposés, où chaque individu ou groupe doit se rallier à l’un ou à l’autre. Cette approche a souvent été utilisée pour justifier des positions radicales, en désignant un ennemi commun. Dans le contexte actuel, cette rhétorique est reprise par plusieurs responsables politiques, comme Gérard Larcher, président du Sénat, qui a évoqué, dans Le Figaro du 21 octobre 2026, la possibilité d’interdire LFI, bien que cette hypothèse n’ait pas été soutenue par le Premier ministre. Le campisme repose sur une pensée binaire qui empêche toute nuance et complexifie le débat démocratique.

L'échec du dialogue

L’échange tendu à l’Assemblée nationale entre Sébastien Lecornu et Mathilde Panot illustre l’échec du dialogue politique dans ce contexte de tensions. Lecornu a demandé à Panot de condamner l’incendie de la mairie de Limoges, lié à un suspect de l’ultra-gauche, mais celle-ci a refusé de le faire, préférant dénoncer l’inaction du gouvernement face aux violences policières ayant causé des mutilations lors de précédentes manifestations. Cet échange montre comment la logique du campisme empêche toute discussion constructive : chaque camp se renferme sur sa propre réalité, sans chercher à comprendre celle de l’autre. Cette situation aggrave les divisions et complique la recherche de solutions pour apaiser les tensions sociales et politiques.

Les risques de l'interdiction

La proposition de Gérard Larcher, troisième personnage de l’État, d’envisager l’interdiction de La France insoumise a suscité des interrogations sur sa légitimité et sa faisabilité. Interdire un parti politique, même controversé, n’est pas une mesure anodine : elle soulève des questions sur la liberté d’expression et le respect des principes démocratiques. Larcher a évoqué cette hypothèse dans Le Figaro du 21 octobre 2026, en réponse à une demande de Bruno Retailleau, sénateur Les Républicains. Sébastien Lecornu, lui, a écarté cette option, soulignant que LFI n’est pas un groupuscule armé, mais un parti politique légal. Cette divergence illustre les tensions au sein de la majorité présidentielle et de l’opposition sur la manière de gérer la crise actuelle.

Ce que ça pourrait changer

La logique du *campisme* impose une pensée binaire, où chaque individu doit se positionner d’un côté ou de l’autre, sans possibilité de nuance. Cette approche est contre-productive dans un contexte où les violences sont multiformes et où leurs causes sont complexes. Plutôt que de chercher à comprendre les racines des tensions sociales, le *campisme* réduit le débat à une opposition simpliste entre "nous" et "eux". Cette rhétorique empêche toute réflexion approfondie sur les solutions à apporter, comme l’analyse des causes des violences, la protection des manifestants et des forces de l’ordre, ou encore la recherche d’un dialogue politique apaisé. Elle risque, au contraire, d’aggraver les divisions et de polariser davantage la société.

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