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Culture

Gynécologie, quand les règles changent 4/4 : Reprendre le contrôle

France Culture - Savoirs · mis à jour 1 oct.

Et si la gynécologie se réinventait à partir de celles et ceux qu'elle a laissés de côté ? Patientes et soignant·es redonnent, ensemble, le pouvoir sur leurs corps à celles et ceux qui les habitent..

Gynécobus : soins itinérants

Dans le Var, où l’accès aux gynécologues est difficile (délais de rendez-vous dépassant parfois plusieurs mois), un bus itinérant surnommé le Gynécobus sillonne les routes pour offrir des consultations gratuites. Ce projet, porté par des soignant·es comme Aline Thouvenin (sage-femme et coordinatrice), vise à toucher une population souvent éloignée du système de santé, notamment des personnes ayant interrompu tout suivi gynécologique depuis des années. L’équipe ne se limite pas à des examens : elle privilégie l’échange, l’information et la prévention, en adaptant son approche aux besoins locaux. Ce dispositif répond à un manque criant de professionnels dans certaines zones rurales, où les déserts médicaux aggravent les inégalités d’accès aux soins. Le Gynécobus illustre une volonté de réinventer la gynécologie en partant des patient·es, plutôt que de s’adapter à des contraintes administratives ou géographiques.

Self-help : auto-soins militants

Le self-help (auto-soins) est un mouvement féministe né dans les années 1970 aux États-Unis, en réaction à l’encadrement médical jugé trop dominant sur les corps des femmes. Dès 1971, des militant·es organisent des ateliers où les participantes apprennent à s’auto-examiner, par exemple en observant leur col de l’utérus à l’aide d’un spéculum (instrument médical permettant d’écarter les parois du vagin pour un examen), d’un miroir et d’une lampe de poche. Ce courant, popularisé par des ouvrages comme Notre corps, nous-mêmes, a essaimé en Europe et inspire aujourd’hui des pratiques comme les ateliers d’auto-gynécologie ou les centres de santé sexuelle. Lucile Quéré, sociologue, souligne que cette approche remet en cause la hiérarchie traditionnelle entre soignant·es et patient·es, en redonnant du pouvoir aux individus sur leur propre corps.

Santé inclusive : au-delà du genre

La gynécologie traditionnelle repose souvent sur une vision binaire du genre (homme/femme), ce qui exclut les personnes trans et non-binaires. Pour y remédier, des professionnel·les comme Lou Poll, sage-femme, réinventent les pratiques en proposant des formations adaptées. L’enjeu est double : d’une part, repenser le vocabulaire du soin, car le terme « gynécologique » n’est pas inclusif. Poll suggère d’utiliser « santé génito-sexuelle » pour englober toutes les identités. D’autre part, il s’agit de former les soignant·es à l’accompagnement des personnes trans et non-binaires, en tenant compte de leurs spécificités médicales et psychologiques. Ce changement de paradigme vise à rendre le suivi médical accessible et respectueux de toutes les identités de genre.

Centres innovants : l’exemple de Voiron

À Voiron (Isère), le Centre de Santé Sexuelle a repensé son fonctionnement pour placer les patient·es au cœur du processus. Claire Masse-Navette, médecin dans ce centre, propose par exemple aux personnes suivies de poser elles-mêmes leur spéculum pendant les consultations, une pratique qui dédramatise l’examen et renforce leur autonomie. Cette approche s’inscrit dans une logique de prévention active et de démocratisation des savoirs médicaux. Le centre illustre comment une réorganisation des soins, centrée sur l’écoute et l’éducation, peut transformer l’expérience des patient·es. Ces initiatives s’appuient sur des ressources comme la liste de soignant·es féministes Gyn&Co ou les outils de l’association Pour une M.E.U.F. (Mouvement pour l’Éducation à l’Urgence Féministe).

Ce que ça pourrait changer

Plusieurs acteurs et outils émergent pour faire évoluer la gynécologie vers plus d’inclusivité et d’autonomie. Parmi eux, l’association *Gyn&Co* recense des professionnel·les féministes, tandis que *Pour une M.E.U.F.* propose des ressources éducatives. Des ouvrages comme *Un corps à nous* de Lucile Quéré ou *Notre corps, nous-mêmes* (réédité en 2020) servent de références pour comprendre l’histoire des luttes féministes en santé. Ces initiatives répondent à des besoins concrets : réduire les délais d’attente (parfois de plusieurs mois), lutter contre les violences gynécologiques, ou encore adapter les soins aux personnes trans et non-binaires. Leur point commun est de placer l’information et les droits des patient·es au centre des pratiques médicales.

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