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Géopolitique

La Russie n’a que 7 % de chances de remporter la guerre : les huit scénarios dressés par Sberbank

Le Grand Continent · mis à jour il y a 5 j

Une fuite inédite présente les objectifs du Kremlin en Ukraine comme pratiquement inatteignables. L’article La Russie n’a que 7 % de chances de remporter la guerre : les huit scénarios dressés par Sberbank est apparu en premier sur Le Grand Continent..

Sberbank évalue les chances

Selon une fuite publiée le 25 août 2026 par le groupe de hackers Black Mirror, la première banque russe, Sberbank, a analysé huit scénarios possibles pour l’issue de la guerre en Ukraine. La banque estime que la Russie n’a que 7 % de chances de remporter une victoire décisive. Cette évaluation repose sur des données économiques, militaires et politiques, ainsi que sur des modèles théoriques comme l’équilibre de Nash (une situation où aucun acteur ne peut améliorer sa position sans déclencher une réaction négative de l’autre) ou la théorie des perspectives de Kahneman (qui étudie comment les individus perçoivent les risques et les gains). La banque a également corrigé les sondages d’opinion russes, jugés surévalués de 10 à 15 points, pour affiner ses calculs. Ces ajustements visent à refléter plus fidèlement l’état réel du soutien à la guerre en Russie.

Scénario d’avantage militaire

Le premier scénario envisagé par Sberbank, avec une probabilité de 7 %, est celui d’une victoire militaire décisive de la Russie. Ce scénario repose sur la capacité de l’armée russe à prendre le contrôle du Donbass, de Zaporijia, de Kherson et de Kharkiv, forçant l’Ukraine à négocier dans une position de faiblesse. Pour y parvenir, la Russie devrait mobiliser entre 300 000 et 500 000 soldats supplémentaires, résoudre ses problèmes de défense aérienne et dominer technologiquement l’Ukraine, notamment en déployant des essaims de drones autonomes. Cependant, ce scénario est jugé peu probable en raison des défis logistiques et politiques, comme la nécessité d’une nouvelle mobilisation massive, qui pourrait entraîner des tensions internes.

Épuisement de l’Occident

Le deuxième scénario, avec une probabilité de 12 %, prévoit une paix imposée par la Russie grâce à l’épuisement du soutien occidental à l’Ukraine. Pour que ce scénario se réalise, trois conditions doivent être remplies : un effondrement du soutien américain à l’Ukraine sous les 30 %, une crise énergétique en Europe durant l’hiver 2026-2027 et une crise politique interne en Ukraine. Cependant, les enquêtes récentes en Europe ne montrent aucun signe d’essoufflement du soutien à l’Ukraine. Les populations européennes et américaines maintiennent un niveau de soutien stable, à condition qu’il n’y ait ni escalade du conflit ni augmentation significative des dépenses militaires.

Accord Trump avant élections

Le troisième scénario, considéré comme le plus probable avec une probabilité de 32 %, est un deal négocié par Donald Trump avant les élections de mi-mandat de novembre 2026. Ce scénario prévoit un gel du conflit sur les lignes actuelles, une levée partielle des sanctions contre la Russie et le non-accès de l’Ukraine à l’OTAN. Selon Sberbank, tous les acteurs y trouveraient un intérêt : Trump souhaite un accord avant les élections, la Russie veut consolider ses gains territoriaux, l’Europe cherche la stabilité et l’électorat américain veut mettre fin à la guerre. Cependant, ce scénario repose sur l’hypothèse que les États-Unis peuvent influencer l’Ukraine via son aide militaire, une hypothèse remise en question depuis que l’Europe a pris en charge la quasi-totalité de l’aide militaire à l’Ukraine en 2025.

Guerre gelée type Corée

Le quatrième scénario, avec une probabilité de 22 %, décrit une situation où les combats diminuent progressivement sans accord formel de paix, similaire à la guerre de Corée. La ligne de front se stabilise, mais la guerre se poursuit juridiquement et via des affrontements ponctuels de drones. Sberbank évoque ici l’équilibre de Nash : aucune des deux parties ne peut améliorer sa position par une action unilatérale sans risquer une escalade coûteuse. Ce scénario est décrit comme une situation où les deux camps sont « enfermés » dans la configuration actuelle, avec un risque constant de reprise des hostilités en cas de choc extérieur, comme un changement de pouvoir ou une crise économique.

Guerre prolongée

Le cinquième scénario, avec une probabilité de 15 %, prévoit une guerre prolongée de deux à trois ans supplémentaires. Ce scénario repose sur l’échec des négociations, le désintérêt de Trump pour le conflit, le maintien du soutien européen à l’Ukraine et l’incapacité de la Russie à mener des offensives majeures. Pour la Russie, ce scénario est particulièrement défavorable en raison de la dégradation de ses finances. Le déficit budgétaire du premier trimestre 2026 s’élève déjà à 4 580 milliards de roubles (47 milliards d’euros), dépassant l’objectif initial de 3 800 milliards (39 milliards d’euros). La partie liquide du Fonds souverain russe pourrait être épuisée d’ici la fin de l’année 2026. L’Ukraine, de son côté, subirait des frappes russes quotidiennes et une dégradation démographique accrue en raison de la mobilisation et de l’émigration.

Paix de compromis

Le sixième scénario, avec une probabilité de 5 %, envisage une paix de compromis entre la Russie et l’Ukraine. Une telle issue nécessiterait un affaiblissement significatif de la position de Vladimir Poutine et un changement de pouvoir en Ukraine, ou une forte pression extérieure exercée par les États-Unis, la Chine ou l’Union européenne. Cette pression pourrait prendre la forme de sanctions économiques, d’une augmentation des livraisons d’armes à l’Ukraine ou de conditions strictes liées à l’aide économique ou à l’adhésion à l’UE. Cependant, Sberbank souligne que les sociétés russe et ukrainienne ont « intégré le conflit à leur identité nationale », rendant une telle paix de compromis très difficile à atteindre.

Victoire ukrainienne improbable

Le septième scénario, avec une probabilité de 2 %, décrit une paix imposée par l’Ukraine et l’Europe, où la Russie devrait accepter des concessions majeures. Ce scénario nécessiterait un cygne noir (un événement imprévisible et rare) comme un effondrement économique de la Russie (baisse du PIB de plus de 15 %, hyperinflation, défaut de paiement), une défaite militaire majeure ou un changement de régime. Selon Sberbank, une telle issue provoquerait un traumatisme national comparable à l’effondrement de l’URSS. La Russie devrait alors verser des réparations à l’Ukraine, cette dernière pourrait adhérer à l’OTAN, la Crimée ferait l’objet de négociations ou serait restituée, et un régime de limitation des armements serait mis en place pour la Russie.

Ce que ça pourrait changer

Le huitième et dernier scénario regroupe des événements imprévisibles, appelés *cygnes noirs*, avec une probabilité globale de 5 %. Ces scénarios incluent une escalade nucléaire, un affrontement direct entre l’OTAN et la Russie, ou une percée technologique majeure comme le déploiement d’essaims de drones autonomes pilotés par IA ou une cyberattaque paralysant les capacités militaires d’un des deux camps. Sberbank attribue une probabilité inférieure à 1 % à un scénario de nucléarisation du conflit, estimant que le Kremlin utilise la rhétorique nucléaire davantage comme un outil de pression que comme une stratégie réelle. Bien que ces événements soient jugés improbables, ils pourraient radicalement transformer le cours de la guerre.

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