La Libye sur la voie d’élections nationales, “nécessaires” mais loin d’être suffisantes
Dimanche 30 août, les représentants de l’Est et de l’Ouest libyen ont signé à Tripoli, sous l’égide de l’ONU, un accord visant à ouvrir la voie à des élections nationales. Dans un pays scindé en deux autorités rivales, l’objectif est de relancer le processus politique, mais de nombreux obstacles jalonnent le chemin vers une “véritable réunification”, selon le quotidien algérien “L’Expression”..
La Libye est divisée depuis 2014 entre deux autorités rivales : à l’Ouest, le gouvernement de Tripoli, reconnu par l’ONU, et à l’Est, les forces du maréchal Khalifa Haftar, qui contrôlent Benghazi. Cette scission s’est institutionnalisée après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, mettant fin à ses 42 ans de dictature. Le pays n’est plus en guerre ouverte mais reste fragmenté, sans paix véritable. Les deux camps revendiquent l’unité nationale, mais chacun souhaite que celle-ci se réalise selon son propre rapport de force. Par exemple, Haftar mise sur la sécurité et l’ordre, tandis que Tripoli insiste sur la légitimité des institutions. Cette division crée un équilibre fragile, où chaque partie contrôle des territoires, des ressources et des réseaux économiques.
Sous l’égide de l’ONU, un accord a été signé le 30 août 2026 entre les représentants de l’Est et de l’Ouest libyen pour relancer le processus politique. Cet accord prévoit des élections nationales, la réforme de l’autorité électorale, l’unification des institutions et la création d’un cadre de suivi. Il accorde un délai de 24 mois pour sa mise en œuvre, mais celle-ci dépend de la réunification des institutions rivales. En cas de blocage, l’ONU pourrait saisir le Conseil de sécurité pour faire adopter l’accord par une résolution. Cet accord va plus loin que les tentatives précédentes, comme celle de 2021, où des élections avaient été empêchées par des blocages nationaux. Cependant, sa réussite reste conditionnée à la volonté des parties libyennes à coopérer.
Les puissances étrangères jouent un rôle ambigu en Libye. La Turquie, par exemple, soutient traditionnellement Tripoli mais dialogue désormais avec l’Est, notamment avec Haftar, tout en prônant une Libye unie. L’Est entretient des liens avec l’Égypte, les Émirats arabes unis, la France et la Russie, tandis que l’Ouest est soutenu par l’ONU et certains pays occidentaux. Cette multiplicité de partenaires réduit la pression sur les acteurs libyens pour trouver un compromis national. Par exemple, en août 2026, les États-Unis avaient tenté de réunir les commandants militaires de l’Est et de l’Ouest, mais sans aboutir à une unification des institutions. L’initiative onusienne, bien que plus ambitieuse, manque encore d’un soutien politique clair des États-Unis.
La Libye dispose d’institutions nationales comme une Banque centrale, une compagnie pétrolière et une administration, mais celles-ci sont fragilisées par les rivalités entre l’Est et l’Ouest. Par exemple, en août 2026, le gouverneur de la Banque centrale, Naji Issa, a démissionné avant de se voir demander de rester en fonction par le Haut Conseil d’État, illustrant cette instabilité. Les revenus pétroliers, essentiels pour le pays, sont souvent détournés vers des marchés parallèles ou contrôlés par des groupes armés. Les attaques contre des infrastructures stratégiques, comme la raffinerie de Zawiya en août 2026, rappellent que ces ressources sont au cœur des luttes de pouvoir. En 2022, une attaque avait visé un réservoir contenant 4,5 millions de litres d’essence, perturbant l’approvisionnement.
La fragmentation politique a favorisé l’émergence d’une économie informelle en Libye, où carburants, devises, importations et subventions sont échangés en dehors des circuits officiels. Cette économie parallèle enrichit les groupes armés, qui contrôlent des routes, des ports ou des stations-service. Par exemple, Zawiya, en plus d’abriter une raffinerie, est un carrefour commercial et de contrebande. Les acteurs locaux exploitent ces zones grises pour consolider leur pouvoir, rendant toute réunification nationale encore plus complexe. La sécurité dans l’Est et la légitimité des institutions dans l’Ouest sont souvent invoquées comme arguments, mais aucune des deux approches ne suffit à elle seule pour reconstruire un État unifié.
Les élections nationales, bien que nécessaires, ne suffiront pas à résoudre la crise libyenne. Une élection peut désigner un vainqueur, mais elle ne garantit pas que les perdants accepteront leur défaite, surtout lorsque celle-ci signifie perdre l’accès aux ressources, aux institutions ou aux territoires. La réunification réelle exigerait une armée nationale unifiée, une Banque centrale incontestée, une gestion nationale des revenus pétroliers et des frontières contrôlées par l’État. Par exemple, la mort du général Fawzi Al-Mansouri, responsable du renseignement militaire des forces de Haftar, en août 2026, a rappelé la fragilité de l’équilibre actuel. Sans ces conditions, la division en Libye risque de devenir un système de pouvoir permanent.

