La Terre accélère, faut-il changer notre façon de mesurer le temps ?
Le quotidien britannique “The Times” s’interroge sur la mesure du temps, les experts de la métrologie s’apprêtant peut-être à supprimer la seconde intercalaire à la mi-octobre. Car, depuis qu’elle a été introduite, il s’est produit un changement majeur : la Terre s’est mise à accélérer..
La Terre, qui tournait autrefois plus lentement sur elle-même, accélère désormais sa rotation. Ce phénomène, observé depuis quelques années, est à l’origine d’un bouleversement dans la manière dont les scientifiques mesurent le temps. Jusqu’à présent, la rotation terrestre ralentissait naturellement, ce qui nécessitait d’ajouter régulièrement une seconde intercalaire au temps universel coordonné (UTC) pour maintenir l’alignement entre les horloges atomiques et la rotation de la planète. Cependant, depuis 2026, la Terre tourne légèrement plus vite, rendant cette correction insuffisante, voire inadaptée. Les experts en métrologie, la science de la mesure, doivent donc envisager une solution radicale : supprimer purement et simplement cette seconde intercalaire, une première dans l’histoire du système de mesure du temps.
La seconde intercalaire est une seconde ajoutée à l’UTC, le temps de référence mondial, pour compenser le ralentissement progressif de la rotation terrestre. Sans cette correction, les horloges atomiques, extrêmement précises, finiraient par se désynchroniser avec le cycle jour-nuit naturel. Introduite en 1972, cette méthode a permis d’ajouter 27 secondes intercalaires au fil des décennies. Par exemple, le 30 juin 1972, une minute a duré 61 secondes, passant de 23:59:59 à 23:59:60 avant de basculer à 00:00:00. Aujourd’hui, la situation s’inverse : la Terre accélère, et les scientifiques pourraient devoir retrancher une seconde pour la première fois, une opération risquée pour les technologies modernes.
L’idée de retrancher une seconde suscite des inquiétudes parmi les experts, car les systèmes informatiques et les réseaux pourraient ne pas supporter ce changement. Les technologies modernes, comme les satellites, les réseaux électriques ou les marchés financiers, reposent sur une synchronisation ultra-précise du temps. Une seconde en moins pourrait perturber des transactions boursières, des communications ou des systèmes de navigation. C’est pourquoi les métrologues envisagent une solution plus radicale : supprimer définitivement la seconde intercalaire. Cette décision, qui romprait le lien ancestral entre la rotation terrestre et le temps mesuré, serait prise par des organismes internationaux comme l’Union internationale des télécommunications (UIT) ou le Bureau international des poids et mesures (BIPM), probablement lors d’une réunion prévue à la mi-octobre 2026.
Si la seconde intercalaire est abolie, les horloges atomiques continueront de définir l’UTC, mais sans ajustement lié à la rotation terrestre. Cela signifie que, sur le très long terme, le temps mesuré par les horloges pourrait s’écarter progressivement du cycle jour-nuit naturel. Par exemple, midi solaire (quand le soleil est au plus haut) pourrait, dans plusieurs siècles, ne plus correspondre à midi sur les horloges. Cependant, pour les générations actuelles, cette différence serait imperceptible. Les systèmes informatiques devront simplement s’adapter à une nouvelle norme, comme ils l’ont fait pour le passage à l’an 2000 ou pour les fuseaux horaires. Cette réforme ne modifierait pas notre perception quotidienne du temps, mais elle marquerait une étape historique dans la mesure scientifique du temps.
La décision finale reviendra à des organismes internationaux comme l’*Union internationale des télécommunications* (UIT), une agence de l’ONU spécialisée dans les technologies de l’information et de la communication, ou le *Bureau international des poids et mesures* (BIPM), qui supervise les unités de mesure. Ces institutions doivent évaluer les risques techniques et les avantages d’une telle réforme. Le Royaume-Uni, par exemple, s’est longtemps opposé à l’abolition de la seconde intercalaire, craignant des perturbations pour ses systèmes de navigation. À l’inverse, les États-Unis et la France soutiennent cette suppression, arguant que les technologies modernes n’ont plus besoin de ce lien avec la rotation terrestre. Le débat oppose ainsi tradition et innovation, avec des enjeux à la fois scientifiques, économiques et techniques.

