Les gens qui savent rire d'eux-mêmes auraient un avantage sur les autres, et pas des moindres
Longtemps associée au manque d'estime de soi, l'autodérision serait au contraire une forme de confiance en soi, bénéfique pour le bien-être et les relations sociales..
L’autodérision, c’est la capacité à rire de soi-même sans se rabaisser, en prenant avec légèreté ses maladresses ou ses erreurs. Contrairement à une idée reçue, cette pratique n’est pas un signe de manque de confiance en soi, mais au contraire une forme de maturité psychologique. Plusieurs études, dont celles citées par la BBC en 2026, montrent que les personnes capables d’autodérision bénéficient d’un avantage social et psychologique. Elles seraient mieux intégrées, plus appréciées et plus résilientes face aux difficultés. Par exemple, dès l’enfance, les enfants qui réagissent aux moqueries par l’humour plutôt que par la colère ou le repli sont souvent mieux acceptés par leurs pairs. L’autodérision permet de désamorcer les tensions et de créer des liens plus solides, car elle montre une forme de détachement et de confiance en soi.
Historiquement, l’humour a souvent été associé à un sentiment de supériorité. Platon, philosophe grec du IVᵉ siècle av. J.-C., considérait que le rire était déclenché par un sentiment de supériorité envers les autres. Cette idée a été reprise en 1651 par Thomas Hobbes dans son ouvrage Léviathan, où il définit le rire comme une glorification de soi face aux faiblesses d’autrui. Cependant, cette vision a évolué. Dès le XVIIIᵉ siècle, la théorie de l’incongruité a émergé, expliquant que le rire peut aussi naître d’une violation inattendue des normes sociales. Par exemple, voir une situation ou un comportement qui ne correspond pas à ce qu’on attend peut provoquer un rire spontané. Cette théorie a été testée scientifiquement en 2011 par des chercheurs qui ont confronté des participants à des images déformées de leur propre visage.
Une étude menée en 2011 a confirmé que la majorité des gens sont capables de rire d’eux-mêmes. Lors de cette expérience, 80 % des participants ont au moins souri en voyant une image déformée de leur visage, et 40 % ont éclaté de rire. Ces résultats ont été analysés par Sonja Heintz, professeure de psychologie à l’université de Plymouth, qui souligne que la science a clairement établi qu’il est possible de rire de soi-même. Cette capacité est liée à une meilleure gestion des émotions et à une plus grande résilience. Elle permet de prendre du recul face aux situations difficiles et de relativiser les échecs. Cependant, certaines personnes, appelées gélotophobes, sont particulièrement sensibles à la moquerie et éprouvent des difficultés à rire d’elles-mêmes.
À l’inverse des gélotophobes, les gélotophiles sont des personnes qui prennent plaisir à être la cible des rires des autres. Ce trait de caractère est associé à une plus grande connexion sociale et à une meilleure estime de soi. Selon René Proyer, professeur de psychologie à l’université Martin-Luther de Halle-Wittenberg, les personnes enjouées savent interpréter ou recadrer les situations quotidiennes de manière à les vivre comme divertissantes ou stimulantes. Cette capacité à transformer une situation potentiellement gênante en une expérience positive favorise les relations sociales et renforce la confiance en soi. Elle permet aussi de mieux gérer les critiques et les échecs.
La psychologie distingue quatre styles d’humour principaux : l’humour affiliatif, l’humour valorisant le soi, l’humour agressif et l’humour autodévalorisant. L’humour affiliatif consiste à utiliser l’humour pour renforcer les liens sociaux, tandis que l’humour valorisant le soi met en avant ses propres qualités. L’humour agressif, comme son nom l’indique, vise à rabaisser ou à critiquer autrui, souvent de manière moqueuse. Enfin, l’humour autodévalorisant consiste à se moquer de soi-même, ce qui peut sembler paradoxal mais présente des avantages. Longtemps considéré comme un signe de faible estime de soi, ce style d’humour est en réalité bénéfique s’il est utilisé avec modération. Claire Fox, psychologue à l’université de Bristol, précise qu’il est tout à fait acceptable d’utiliser l’humour autodévalorisant, à condition de l’associer à d’autres styles d’humour.
L’humour autodévalorisant, lorsqu’il est pratiqué avec légèreté et sans méchanceté, permet de mieux faire face aux difficultés. Selon une étude menée par Sonja Heintz dans les années 2010, les participants qui utilisaient ce style d’humour témoignaient d’une meilleure capacité à gérer le stress et les échecs. En riant de leurs propres erreurs, ils prennent du recul et évitent de s’enfermer dans des émotions négatives comme la honte ou la culpabilité. Cette pratique favorise aussi les relations sociales, car elle montre une forme d’authenticité et de vulnérabilité assumée. Cependant, il est important de ne pas confondre autodérision et autodévalorisation excessive, qui peut au contraire nuire à l’estime de soi. L’équilibre est donc essentiel pour profiter pleinement des bénéfices de l’humour autodévalorisant.

