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Généraliste

Composer avec les nids-de-poule et le nouvel ordre mondial

Le Devoir · mis à jour 10 sept.

Montréal est devenue l’endroit où les bouleversements du monde se font le plus directement sentir..

Montréal face aux enjeux mondiaux

En août 2026, une scène inhabituelle s’est déroulée à Montréal : des manifestants brandissaient des drapeaux palestiniens devant l’hôtel de ville, où les élus municipaux débattaient d’une motion sur Gaza et des liens de la ville avec Israël. Cette situation illustre un changement majeur : les grandes villes comme Montréal ne peuvent plus ignorer les conflits internationaux, qui s’invitent désormais dans leur quotidien. Autrefois, l’international était perçu comme quelque chose à chercher à l’extérieur (investissements, événements, etc.). Aujourd’hui, le monde frappe à leur porte sous forme de migrations, de guerres commerciales ou de manifestations locales. La mairesse Soraya Martinez Ferrada, élue pour gérer des dossiers locaux comme les nids-de-poule ou la collecte des ordures, se retrouve ainsi confrontée à des enjeux géopolitiques sur lesquels elle n’a aucune prise directe.

L’international s’installe en ville

Le monde s’invite à Montréal de multiples façons : étudiants étrangers dans les universités, travailleurs spécialisés recrutés à l’étranger, ou encore conflits lointains qui se répercutent dans les rues et les institutions locales. Par exemple, les tensions liées à la guerre à Gaza ont provoqué des débats au conseil municipal, tandis que les étudiants palestiniens ou israéliens vivant à Montréal ont été directement affectés. De même, les décisions prises à Washington, comme l’imposition de tarifs douaniers sur l’acier canadien, impactent directement les usines locales. Ces réalités transforment Montréal en un lieu où les bouleversements mondiaux se font sentir concrètement, sans que la ville n’ait les outils traditionnels pour y répondre.

Une mairesse ambitieuse

Soraya Martinez Ferrada, élue en 2026, a fait de la remise de Montréal sur la scène internationale l’une de ses priorités. Cent jours après son élection, elle a convoqué une Table des partenaires sur le rayonnement international et l’attractivité, réunissant des représentants des milieux économiques, universitaires, culturels et institutionnels. L’objectif était de définir une vision commune pour positionner Montréal parmi les grandes métropoles mondiales. Un mois plus tard, elle s’est rendue à Séoul pour étudier comment la Corée du Sud a utilisé sa culture populaire (K-pop, cinéma, gastronomie) comme outil de branding économique. En mai 2026, la ville a injecté six millions d’euros sur quatre ans dans Montréal International, une organisation dédiée à l’attractivité de la métropole.

Le paradoxe des villes

Les villes comme Montréal n’ont ni armée ni contrôle sur les frontières, et ne signent pas de traités internationaux. Pourtant, elles subissent directement les conséquences des décisions prises ailleurs. Par exemple, les tarifs douaniers américains sur l’acier canadien affectent les usines locales, tandis que les migrations massives ou les conflits géopolitiques se répercutent sur les services publics, le logement ou la sécurité. Ce paradoxe explique pourquoi Martinez Ferrada a inclus dans ses demandes électorales des enjeux à la fois locaux (nids-de-poule, transports) et planétaires (rayonnement international). Les villes doivent désormais composer avec des défis qui dépassent leur compétence traditionnelle.

Se définir pour rayonner

Pour se distinguer dans un monde où les métropoles se disputent les talents et les investissements, Montréal doit choisir une identité forte et cohérente. La ville peut se vanter d’être un pôle universitaire mondial, une capitale francophone unique en Amérique, un leader en intelligence artificielle et en aérospatiale, ou encore une capitale culturelle avec ses festivals. Cependant, accumuler ces atouts ne suffit pas : il faut sélectionner une ou deux valeurs clés et les promouvoir avec constance. Par exemple, la Corée du Sud a réussi à transformer sa culture populaire en un outil économique puissant. Montréal doit faire de même, tout en veillant à résoudre ses problèmes locaux, comme le logement ou les transports, pour rester attractive.

Ce que ça pourrait changer

Bien que Martinez Ferrada souhaite redonner à Montréal une dimension internationale, ses citoyens lui demandent avant tout de résoudre des problèmes urgents : crise du logement, itinérance, transports en commun paralysés, sécurité dans certains quartiers, et bien sûr, les nids-de-poule. Ces défis locaux sont essentiels pour que la ville reste un lieu où les gens veulent vivre et s’installer. Sans une qualité de vie minimale, même une stratégie de *branding* ambitieuse échouera. La mairesse doit donc trouver un équilibre entre ses ambitions internationales et la gestion quotidienne des services publics, sous peine de voir ses efforts de rayonnement rester lettre morte.

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