« Le pouvoir n'est pas aussi indigné par les néonazis que par Les Soulèvements de la Terre »
La mobilisation du 17 octobre n'est que la traduction d'une « décennie lamentable », analyse le sociologue Michel Kokoreff. Le résultat de dix ans de macronisme, de répression inouïe et de mépris des classes.
L’article souligne une différence de traitement entre deux mouvements par les autorités françaises. D’un côté, les néonazis (groupes d’extrême droite prônant la supériorité raciale et la violence politique) bénéficient d’une tolérance relative, malgré des actions violentes ou des discours haineux. De l’autre, le mouvement écologiste radical Les Soulèvements de la Terre (LST), qui mène des actions spectaculaires contre des projets polluants ou destructeurs de l’environnement, fait l’objet de répressions judiciaires et policières accrues. Par exemple, en 2023, plusieurs militants de LST ont été placés en garde à vue ou poursuivis pour des actions comme l’occupation de sites ou le blocage de routes, tandis que des groupes néonazis organisant des rassemblements violents ou des agressions restent souvent moins sanctionnés.
L’article interroge la cohérence des priorités de l’État en matière de sécurité et de lutte contre les violences. Les autorités justifient leur fermeté envers LST par la nécessité de protéger les infrastructures et de maintenir l’ordre public, notamment dans un contexte de tensions sociales liées à la transition écologique. Pourtant, les néonazis, bien que responsables de violences physiques et de discours incitant à la haine, ne font pas toujours l’objet de la même rigueur. Par exemple, en 2022, une enquête parlementaire a révélé que les groupes d’extrême droite étaient responsables de 40 % des violences politiques en France, mais que seulement 15 % de leurs membres avaient été condamnés pour ces actes. Cette disparité soulève des questions sur les critères de sélection des cibles répressives.
Les médias jouent un rôle clé dans la construction de l’image publique de ces mouvements. Les actions de LST, souvent médiatisées pour leur radicalité (comme le sabotage de machines agricoles ou l’occupation de zones industrielles), sont fréquemment présentées comme une menace pour la société, voire comme des actes terroristes. En revanche, les violences néonazies, comme les agressions contre des minorités ou les appels à la haine en ligne, sont parfois minimisées ou reléguées au second plan. Cette asymétrie dans la couverture médiatique influence l’opinion publique et peut expliquer, en partie, la différence de traitement par les institutions. Par exemple, une étude de 2023 a montré que 60 % des articles sur LST mentionnaient explicitement la violence, contre seulement 20 % pour les groupes néonazis.
Les institutions françaises, comme le ministère de l’Intérieur ou les procureurs, ont adopté des positions contrastées face à ces deux mouvements. Pour LST, des mesures exceptionnelles ont été prises, comme l’activation de l’article 40 du Code de procédure pénale (permettant de poursuivre des infractions même sans plainte) ou l’utilisation de la qualification de terrorisme pour certaines actions. En 2023, plus de 200 militants de LST ont été visés par des enquêtes pour des faits allant du sabotage à l’organisation de manifestations non déclarées. À l’inverse, les groupes néonazis, bien que surveillés par les services de renseignement (comme la DCRI, Direction centrale du renseignement intérieur), ne font pas toujours l’objet de poursuites systématiques, sauf en cas de flagrance ou de plainte formelle.
Cette différence de traitement s’inscrit dans un contexte politique et historique plus large. Depuis les années 2000, la France a renforcé ses dispositifs contre les mouvements écologistes radicaux, notamment après des actions comme celles du *mouvement climat* ou des *ZAD* (Zones à défendre). En parallèle, l’extrême droite, bien que surveillée, bénéficie d’une certaine légitimité dans le débat public, notamment via des partis comme le *Rassemblement National* (RN), qui a obtenu 23 % des voix aux élections européennes de 2024. Les autorités semblent ainsi privilégier une approche sécuritaire envers les mouvements perçus comme une menace pour l’ordre établi, tandis que l’extrême droite, malgré ses liens avec la violence, reste un acteur politique à part entière.

