Pourquoi l’ONU soutient-elle une nouvelle carte du monde plus fidèle à la taille de l’Afrique ?
L’ESSENTIEL La projection Equal Earth représente plus fidèlement la taille réelle des continents, notamment celle de l’Afrique. La projection de Mercator reste utile pour la navigation, mais déforme fortement les superficies.
L’Organisation des Nations unies (ONU) a adopté une résolution non contraignante recommandant l’utilisation d’une nouvelle projection cartographique appelée Equal Earth. Cette projection représente les continents, et notamment l’Afrique, avec une taille bien plus fidèle à la réalité que les cartes traditionnelles. Contrairement à la projection de Mercator, largement utilisée depuis le XVIe siècle, Equal Earth minimise les distorsions de superficie, surtout près des pôles. Par exemple, sur Mercator, l’Afrique apparaît bien plus petite qu’elle ne l’est réellement, tandis que des pays comme le Groenland semblent disproportionnellement grands. Cette nouvelle carte vise à corriger une représentation historique du monde, souvent biaisée par des rapports de pouvoir coloniaux, où l’Afrique était sous-représentée.
Une projection cartographique est une méthode permettant de transformer la surface sphérique de la Terre en une carte plane en deux dimensions. Ce processus introduit nécessairement des distorsions, car il est impossible de représenter un globe sans en altérer les formes ou les superficies. Les cartographes choisissent donc une projection en fonction de l’usage prévu : certaines privilégient la conservation des angles (comme Mercator, utile pour la navigation), d’autres minimisent les déformations des tailles (comme Equal Earth). La projection de Mercator, créée en 1569 par le géographe flamand Gerardus Mercator, est devenue la norme pour les cartes mondiales, mais elle exagère fortement la taille des régions proches des pôles. Equal Earth, développée en 2018 par des cartographes, offre un compromis plus équilibré pour les cartes à l’échelle planétaire.
Malgré ses défauts, la projection de Mercator reste indispensable pour certaines applications, notamment la navigation. En effet, elle permet de tracer des routes en ligne droite sur une carte, ce qui simplifie grandement le calcul des itinéraires. C’est pourquoi des services comme Google Maps ou Apple Plans continuent d’utiliser une variante de Mercator. Pour la navigation, Equal Earth serait moins pratique, car elle ne conserve pas les angles avec la même précision. Cependant, pour l’enseignement, la communication grand public ou les politiques publiques, Equal Earth est bien plus adaptée, car elle donne une image plus réaliste des tailles continentales. Aucune projection n’est parfaite, mais le choix dépend de l’objectif poursuivi.
L’adoption de Equal Earth ne sera pas immédiate ni imposée par l’ONU, car la cartographie est une activité décentralisée sans autorité unique. La résolution de l’ONU a surtout une valeur symbolique, encourageant les États et les institutions à privilégier cette projection pour les cartes mondiales. Plusieurs médias et éditeurs ont déjà adopté Equal Earth, et il est possible d’acheter des cartes murales utilisant cette projection. Cependant, pour une adoption généralisée, il faudra réviser les manuels scolaires, les bases de données et les productions médiatiques, ce qui représente un travail et des coûts importants. Certains pays, comme l’Ukraine, ont exprimé des réserves, non pas sur la projection elle-même, mais sur la représentation de territoires contestés comme la Crimée.
Les résistances à Equal Earth ont été limitées, mais certains pays ont voté contre ou se sont abstenus lors de la résolution de l’ONU. Les États-Unis ont été le seul pays à voter contre, qualifiant la proposition de « projet radical et idéologique » et contestant le lien établi entre les distorsions de Mercator et l’héritage colonial. Cette position reflète une vision où les inégalités structurelles ne sont pas reconnues. D’autres pays, comme la Russie et l’Ukraine, ont soulevé des questions sur la représentation de territoires disputés, mais sans remettre en cause le principe de la projection. Ces débats montrent que les cartes ne sont pas neutres : elles peuvent être instrumentalisées à des fins politiques ou idéologiques.
Les pays africains voient dans *Equal Earth* une forme de *« justice cognitive »*, c’est-à-dire une correction des biais historiques qui ont minimisé l’importance de l’Afrique dans la représentation du monde. Sur les cartes traditionnelles, l’Afrique apparaît souvent plus petite que l’Europe ou l’Amérique du Nord, ce qui influence la perception de son poids économique et politique. Avec *Equal Earth*, l’Afrique retrouve une taille plus réaliste, reflétant mieux son rôle croissant dans l’économie mondiale et sa démographie dynamique. Bien qu’une carte seule ne suffise pas à changer les mentalités, elle peut contribuer à une meilleure reconnaissance de l’Afrique dans les débats internationaux. Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large des pays africains de peser davantage sur la scène mondiale.

