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C'est une véritable bombe à retardement climatique : le “tombeau” nucléaire du Pacifique commence à se fissurer

Science & Vie · mis à jour il y a 3 j

Le dôme de Runit, vestige des essais nucléaires américains, montre des signes de dégradation préoccupants face à la montée des eaux, soulevant des craintes de contamination radioactive..

Dôme de Runit : origine

Le dôme de Runit est une structure en béton construite entre 1977 et 1980 sur l’atoll d’Enewetak, dans les îles Marshall (Pacifique). Il a été érigé pour confiner plus de 120 000 tonnes de déchets radioactifs issus de 43 essais nucléaires américains menés entre 1946 et 1958 dans la région. Ces essais, dont l’explosion Cactus en 1958 (18 kilotonnes), ont creusé un cratère de 10 mètres de profondeur sur l’île de Runit. Le dôme, surnommé The Tomb (Le Tombeau), mesure 115 mètres de large et 46 centimètres d’épaisseur. Contrairement à son nom, il n’a pas été conçu comme une solution définitive : il repose sur un sol corallien poreux, sans fond étanche, ce qui le rend vulnérable à la contamination des eaux souterraines. Plus de 300 habitants des îles Marshall avaient été déplacés pour permettre ces essais nucléaires.

Fissures et vieillissement

Aujourd’hui, le dôme de Runit présente des fissures visibles, signe de son vieillissement accéléré par les conditions climatiques extrêmes du Pacifique (sel, humidité, variations thermiques). Les autorités américaines minimisent ces fissures, les attribuant à un vieillissement normal du béton. Cependant, des chercheurs comme Arjun Makhijani, ingénieur nucléaire et président de l’Institute for Energy and Environmental Research, alertent sur le fait qu’aucune structure en béton ne peut résister aussi longtemps que la durée de dangerosité du plutonium 239 (plusieurs milliers d’années), dont certains déchets sont composés. Les fissures apparaissent déjà après moins de 50 ans, bien avant la fin de la période de dangerosité des radionucléides. Le problème ne se limite pas à la surface : le dôme n’étant pas étanche à sa base, l’eau de mer circule librement sous la structure, risquant d’entraîner des particules radioactives vers le lagon environnant.

Contamination et risques

Des prélèvements réalisés en 2018 par Ivana Nikolic-Hughes, chimiste à l’université Columbia et présidente de la Nuclear Age Peace Foundation, ont révélé des niveaux élevés de radiation dans des sols situés à l’extérieur du dôme. Cinq radionucléides différents ont été détectés, prouvant que la contamination ne reste pas confinée au site. Bien que le département américain de l’Énergie affirme que la contamination due au dôme reste faible comparée à celle déjà présente dans le lagon, cette affirmation est contestée. La présence de déchets non documentés ou de débris d’essais ratés est suspectée, mais non confirmée. Le risque n’est pas seulement local : Runit se trouve à seulement 30 kilomètres des zones habitées d’Enewetak, où vivent environ 900 personnes utilisant le lagon pour la pêche et les activités quotidiennes.

Montée des eaux : accélérateur

La montée des eaux, accélérée par le changement climatique, transforme une fragilité ancienne en menace actuelle. Une étude du Pacific Northwest National Laboratory (2024) souligne que les surcotes de tempête et l’élévation du niveau marin (jusqu’à 1 mètre d’ici 2100 selon les projections pour les îles Marshall) aggravent les risques. L’île de Runit, située à seulement 2 mètres au-dessus du niveau de la mer, est particulièrement vulnérable. Une hausse même modérée du niveau de la mer augmente la pression sur les nappes phréatiques, favorise les intrusions d’eau salée et amplifie les échanges d’eau sous le dôme, accélérant la dispersion des radionucléides. Les grandes marées et les tempêtes deviennent des facteurs d’aggravation majeurs.

Ce que ça pourrait changer

La gestion du dôme de Runit soulève des questions politiques et humaines complexes. Le *Compact of Free Association* (1986), signé lors de l’indépendance des îles Marshall, a transféré la responsabilité du site au gouvernement marshallais, sans lui fournir les moyens techniques ou financiers pour le gérer. Les États-Unis, bien que pointés du doigt, minimisent les risques et affirment que le dôme ne représente pas une menace majeure. Pourtant, les témoignages comme celui de Robert Celestial, ancien chauffeur ayant transporté des déchets radioactifs sans en connaître la nature, ou ceux des vétérans américains (reconnus officiellement comme *atomic veterans* seulement en 2023) révèlent les conséquences sanitaires et sociales de ce遗留问题. Jack Niedenthal, ancien ministre marshallais de la Santé, qualifie le dôme de *monument de l’erreur américaine*.

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