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Hydro-Québec accusée de vouloir vendre aux enchères l’électricité

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 2 j

La société d'État veut qu'un centre de données puisse offrir de payer plus cher pour obtenir des mégawatts..

Hydro-Québec propose hausse tarifs

Hydro-Québec, la société d'État québécoise responsable de la production et de la distribution d'électricité, propose de doubler le tarif de l'électricité pour les centres de données (des infrastructures spécialisées qui stockent et traitent des données numériques, comme ceux de Google ou d'autres géants du web). Actuellement, ces centres paient 6,5 cents par kilowattheure (kWh), mais Hydro-Québec souhaite porter ce tarif à 13 cents/kWh, soit le coût de production de la nouvelle électricité. Cette hausse s'explique par l'engouement croissant pour ces infrastructures, notamment lié à l'essor de l'intelligence artificielle (IA) et des besoins énergétiques colossaux qu'elles génèrent. Par exemple, Google a demandé 380 mégawatts (MW) pour un projet à Beauharnois, en Montérégie. La moitié des demandes de mégawatts pour des projets industriels au Québec proviennent de cette industrie.

Clause de majoration controversée

Au-delà de cette hausse, Hydro-Québec souhaite introduire une clause de majoration : les centres de données pourraient volontairement payer encore plus cher pour obtenir des mégawatts. Ce tarif supplémentaire serait un prix plancher (le tarif minimum imposé), mais les entreprises pourraient proposer un montant plus élevé. Le gouvernement du Québec prendrait ensuite en compte cette offre, parmi d'autres critères, pour décider si le projet obtient une allocation de mégawatts. Cette approche vise à éviter que les tarifs des autres clients n'augmentent trop, comme c'est déjà le cas aux États-Unis. Cependant, des critiques y voient une méthode de vente aux enchères déguisée, où les entreprises les plus riches pourraient obtenir un accès prioritaire à l'électricité.

Critères de sélection des projets

Le gouvernement du Québec, via le ministère de l'Économie, de l'Innovation et de l'Énergie (MEIE), sélectionne les projets industriels de plus de 5 MW qui recevront des allocations d'électricité. Les critères incluent les retombées économiques, l'impact environnemental et l'impact social. Le prix proposé par les entreprises fait aussi partie de l'équation, mais ce n'est pas le seul critère. Par exemple, le projet de centre de données de Keel Infrastructure à Sherbrooke, contesté par une partie de la population, soulève des questions sur l'équité entre clients. L'avocat de Keel a demandé à Hydro-Québec de préciser le poids accordé à la majoration du prix, mais la société d'État a répondu que cette décision relève du gouvernement.

Comparaison avec la Colombie-Britannique

Hydro-Québec s'inspire d'un modèle existant en Colombie-Britannique, où BC Hydro organise des enchères pour attribuer des blocs d'électricité aux centres de données. Hydro-Québec rejette cependant l'idée que sa proposition ressemble à des enchères, car les prix ne seraient pas volatils : les entreprises choisiraient elles-mêmes le montant à payer au-delà du tarif plancher de 13 cents/kWh. Selon une analyse de la firme Dunsky pour Hydro-Québec, cette approche permettrait de mieux gérer la demande croissante sans augmenter excessivement les tarifs pour les autres clients. Cependant, des experts comme Johanne Whitmore (HEC Montréal) estiment qu'une approche plus transparente, comme des enchères ouvertes, serait préférable.

Ce que ça pourrait changer

Cette proposition d'Hydro-Québec suscite des critiques. Jocelyn Allard, président de l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité, juge inacceptable que des clients avec un profil de consommation identique paient des tarifs différents selon leur capacité à payer. Jean-Pierre Finet, analyste au Regroupement des organismes environnementaux en énergie, craint que cette méthode favorise les géants comme les *GAFAM* (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) au détriment des entreprises locales et des objectifs de décarbonation. Il propose qu'un *BAPE générique* (Bureau d'audiences publiques sur l'environnement) évalue les besoins réels en énergie de cette filière avant toute décision. Johanne Whitmore et Pierre-Olivier Pineau (HEC Montréal) plaident aussi pour plus de transparence et une approche dépolitisée, où le marché influencerait directement les prix.

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