Le Canada dénonce une “guerre” commerciale avec les États-Unis et annonce des mesures de rétorsion
Le Premier ministre canadien, qui a choisi de tenir tête à Washington en refusant un accord commercial jugé “injuste”, a déclaré samedi qu’Ottawa riposterait en surtaxant notamment l’acier et les produits laitiers américains. Pour la presse nord-américaine, les deux voisins sont désormais engagés dans une dangereuse escalade..
Le Canada et les États-Unis, deux pays voisins et alliés traditionnels, sont désormais engagés dans une guerre commerciale, un conflit où chaque pays impose des taxes supplémentaires sur les produits importés de l’autre. Cette situation survient après l’échec des négociations pour renouveler un accord commercial jugé déséquilibré par le Canada. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, a accusé les États-Unis de demander trop et d’offrir trop peu, tout en dénonçant des mesures perçues comme des attaques contre la langue française et la culture québécoise. Les tensions portent notamment sur des subventions culturelles, l’étiquetage bilingue des produits et une loi québécoise imposant des quotas de contenus francophones sur les plateformes numériques comme Netflix ou Spotify. Cette loi, adoptée en 2025 mais non encore appliquée, a été utilisée par les États-Unis comme levier dans les négociations.
En réponse aux droits de douane américains imposés depuis le 22 août 2026 sur environ 20 milliards de dollars de produits canadiens (comme le ciment ou les crosses de hockey), le Canada a annoncé des mesures de rétorsion équivalentes, entrant en vigueur le 8 septembre 2026. Ces surtaxes ciblent des secteurs clés comme l’acier, les produits laitiers, les appareils ménagers, l’industrie du papier, les machines agricoles et l’électronique américaines. Le montant des taxes sera « au dollar près » égal à celui des droits américains, soit environ 20 milliards de dollars. Le Premier ministre canadien a souligné que ces mesures visent à protéger les intérêts économiques du pays et à répondre à ce qu’il considère comme une agression commerciale injustifiée. Les deux pays risquent désormais une escalade, où chaque mesure de rétorsion pourrait entraîner une réponse encore plus forte de l’autre partie.
Au-delà des questions économiques, le conflit commercial révèle des tensions profondes autour de la protection de la langue française au Canada, notamment au Québec. Les États-Unis ont exigé le retrait d’une loi québécoise adoptée en 2025, qui impose des quotas de contenus francophones sur les plateformes numériques comme Netflix ou Spotify. Cette loi, non encore appliquée, vise à renforcer la présence du français dans l’espace numérique, un enjeu culturel et identitaire majeur pour la province. Le Premier ministre canadien a qualifié ces demandes américaines de « menaces contre la langue française » et de « restrictions inacceptables ». Ce point illustre comment les différends commerciaux peuvent aussi refléter des conflits plus larges sur l’identité, la souveraineté et les valeurs culturelles entre les deux pays.
Les observateurs économiques, comme le New York Times, alertent sur les conséquences potentielles d’une escalade commerciale entre les États-Unis et le Canada. Bien que les droits de douane ne concernent qu’une petite partie des échanges bilatéraux, leurs effets pourraient s’amplifier rapidement. Les taxes sur les importations risquent de peser davantage sur les consommateurs et les entreprises américaines, déjà confrontées à des prix élevés depuis plusieurs années. Une spirale de représailles pourrait toucher des secteurs variés, de l’agriculture à l’industrie, et aggraver les difficultés économiques des deux pays. Les économistes soulignent que même des mesures limitées peuvent avoir des répercussions en cascade, notamment sur les chaînes d’approvisionnement et les emplois de part et d’autre de la frontière.
Les États-Unis ont réagi à l’annonce des mesures canadiennes en promettant de répondre à leur tour, sans préciser les détails de leurs futures actions. Le négociateur américain Jamieson Greer a indiqué que Washington irait « de l’avant avec des mesures pour répondre aux rétorsions canadiennes ». Le Canada, de son côté, se dit prêt à une « guerre commerciale totale », bien que cette escalade soit présentée comme un dernier recours. Les deux pays pourraient tenter de trouver une issue diplomatique dans les semaines à venir, mais les positions semblent actuellement très éloignées. Les prochaines étapes dépendront de la capacité des deux gouvernements à négocier ou à accepter les conséquences économiques d’un conflit prolongé.

