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Le nouvel autodafé numérique

Philosophie Magazine · mis à jour il y a 2 h

Deux entreprises majeures du numérique, **Amazon** et **Anthropic**, sont accusées d’avoir détruit des livres physiques pour les numériser. Anthropic, spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA), a mené le *Projet Panama* qui consistait à couper la reliure de livres, les réduire en lambeaux et recycler le papier. Amazon, via son centre de numérisation *VGT3*, a adopté une méthode similaire. Ces pratiques ont provoqué un tollé, d’autant que les documents internes d’Anthropic révèlent une volonté de secrecy : *«Nous ne voulons pas que ça se sache que nous travaillons là-dessus»*. Les enquêtes ont montré que des millions d’ouvrages, dont certains rares, ont été détruits sans que les propriétaires ou le public en soient informés.

Scandale des géants tech

Deux entreprises majeures du numérique, Amazon et Anthropic, sont accusées d’avoir détruit des livres physiques pour les numériser. Anthropic, spécialisée dans l’intelligence artificielle (IA), a mené le Projet Panama qui consistait à couper la reliure de livres, les réduire en lambeaux et recycler le papier. Amazon, via son centre de numérisation VGT3, a adopté une méthode similaire. Ces pratiques ont provoqué un tollé, d’autant que les documents internes d’Anthropic révèlent une volonté de secrecy : «Nous ne voulons pas que ça se sache que nous travaillons là-dessus». Les enquêtes ont montré que des millions d’ouvrages, dont certains rares, ont été détruits sans que les propriétaires ou le public en soient informés.

Pourquoi numériser des livres ?

Les livres physiques constituent une ressource précieuse pour entraîner les modèles d’IA. Ils offrent des textes de qualité, souvent anciens et garantis sans IA, ce qui permet d’apprendre aux machines à produire des écrits naturels et variés. Les ouvrages anciens, épuisés ou étrangers, sont particulièrement recherchés car ils sont rarement disponibles sous forme numérique. Les entreprises comme Amazon ou Anthropic achètent massivement des livres d’occasion pour en extraire le contenu textuel, utilisé ensuite pour développer leurs algorithmes de langage. Cette pratique n’est pas nouvelle, mais la destruction systématique des exemplaires physiques soulève des questions éthiques et juridiques.

Raisons économiques et légales

La destruction des livres s’explique d’abord par des raisons économiques : numériser des pages volantes est plus rapide et moins coûteux que scanner des ouvrages intacts. Ensuite, le cadre légal joue un rôle clé. Aux États-Unis, posséder un livre ne donne pas automatiquement le droit de le copier, car cela reviendrait à en créer une seconde version sans en avoir acheté une nouvelle. Cependant, un tribunal fédéral a statué en 2025 (Bartz v. Anthropic) que la numérisation destructive pouvait relever du fair use (usage légitime). La cour a estimé que, puisque l’exemplaire physique était détruit et que le fichier numérique n’était pas redistribué, il s’agissait d’un simple changement de format un pour un. Par ailleurs, les copies réalisées pour l’entraînement des IA ont également été jugées comme relevant du fair use.

Avantage compétitif stratégique

Au-delà des aspects économiques et légaux, la destruction de livres rares pourrait offrir un avantage stratégique aux entreprises. Certains ouvrages, notamment étrangers, anciens ou épuisés, n’existent qu’en quelques exemplaires physiques et n’ont jamais été numérisés ou archivés publiquement. En les acquérant et en les détruisant après numérisation, une entreprise comme Amazon ou Anthropic s’assure un accès exclusif à ces textes pour entraîner ses IA. Cela prive ses concurrents de cette ressource, créant ainsi un déséquilibre sur le marché. Cette stratégie rappelle la course aux données qui caractérise l’économie numérique actuelle, où la possession de corpus uniques devient un levier de domination.

Ce que ça pourrait changer

La révélation de ces pratiques a suscité une vague de critiques, notamment en raison du **manque de transparence**. Les entreprises ont agi dans le secret, sans informer les propriétaires des livres ou le public des destructions massives. Cette opacité a alimenté les suspicions, d’autant que les livres rares, bien que minoritaires dans les lots numérisés, étaient concernés. Le débat soulève des questions éthiques sur la préservation du patrimoine culturel et la propriété intellectuelle. Faut-il privilégier l’accès à la connaissance, même via des méthodes controversées, ou protéger les exemplaires physiques comme objets sacrés ? Ces tensions illustrent les défis posés par l’IA et la numérisation à grande échelle, où les frontières entre innovation et destruction deviennent floues.

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