Tarifs américains de 50 % : l’aluminium canadien s’impose hors des États-Unis
Les producteurs d’aluminium canadiens auraient remplacé le marché des États-Unis par celui de l’Europe..
En juin 2025, l’administration de l’ancien président américain Donald Trump a imposé des tarifs douaniers de 50 % sur les importations d’aluminium en provenance de tous les pays. Ces droits de douane visent à protéger l’industrie américaine en rendant les produits étrangers plus chers. L’aluminium est un métal léger et résistant, largement utilisé dans des secteurs comme l’aéronautique, l’automobile ou la construction. Les tarifs américains ont été instaurés pour soutenir les producteurs locaux face à une concurrence étrangère jugée déloyale. Cependant, ces mesures ont eu des répercussions inattendues sur les exportations canadiennes, un partenaire commercial majeur des États-Unis.
Malgré les tarifs de 50 %, les exportations canadiennes d’aluminium ont augmenté de 15,2 % au deuxième trimestre de 2026, selon Statistique Canada. Cette progression s’explique par une forte demande mondiale et par le remplacement du marché américain par d’autres débouchés, notamment en Europe. Les ventes d’aluminium brut (non transformé) vers des pays comme la France et l’Allemagne ont presque doublé entre avril et juin 2026. Le Canada a ainsi compensé la perte des ventes aux États-Unis en ciblant des industries en croissance, comme celle de l’aéronautique, où l’aluminium est essentiel pour la fabrication d’avions.
Le Canada reste compétitif sur le marché mondial de l’aluminium grâce à deux atouts majeurs : le faible coût de son électricité et une forte demande internationale. La production d’aluminium est très énergivore, car elle nécessite une grande quantité d’électricité pour extraire le métal de la bauxite. Au Canada, l’électricité est moins chère qu’en Europe ou aux États-Unis, ce qui réduit les coûts de production. De plus, les tensions géopolitiques au Moyen-Orient ont fait grimper le prix de l’aluminium de 41,7 % entre mai et juin 2026, renforçant la rentabilité des exportations canadiennes. Julian Karaguesian, ancien conseiller au ministère des Finances du Canada, souligne que cette compétitivité existait déjà avant les tarifs américains et persiste malgré eux.
Tous les produits d’aluminium ne bénéficient pas de cette dynamique positive. Les produits transformés, comme les pièces automobiles ou les composants conçus pour des chaînes de production nord-américaines, rencontrent des difficultés. Ces produits sont souvent fabriqués sur mesure pour des usines situées aux États-Unis ou au Canada, ce qui limite leur capacité à être exportés ailleurs. Martin Julien, professeur à l’Université du Québec à Montréal, explique que ces produits ne trouvent pas facilement de nouveaux marchés, contrairement à l’aluminium brut. Le secteur de l’acier, un autre métal utilisé dans la construction, est également touché par la concurrence chinoise, qui vend son produit à bas prix.
L’exemple de l’aluminium offre une lueur d’espoir pour d’autres industries canadiennes affectées par les tarifs américains. Julian Karaguesian, expert en commerce international, estime que ces secteurs doivent se tourner vers de nouveaux marchés, notamment dans les pays en développement. Il cite des exemples comme le Nigeria, qui compte 250 millions d’habitants, ou le Brésil, un grand producteur d’avions et de véhicules électriques. Ces pays représentent une part croissante de l’économie mondiale, soit 50 % de l’économie globale, selon l’expert. Cependant, les entreprises doivent adapter leurs modèles économiques pour cibler ces nouveaux débouchés et éviter une dépendance excessive au marché américain.

