NapseflowNapseflow
Généraliste

Carney appelé à expliquer comment il compte financer la hausse des dépenses militaires

ICI Radio-Canada · mis à jour il y a 26 j

Le Canada devra consacrer 5 % de son PIB aux dépenses militaires d’ici 2035..

OTAN et cible 5%

L’OTAN (Organisation du traité de l’Atlantique Nord), une alliance militaire regroupant 32 pays dont le Canada et les États-Unis, a fixé en 2024 un objectif pour ses membres : consacrer 5 % de leur produit intérieur brut (PIB) aux dépenses militaires d’ici 2035. Le PIB représente la valeur totale de tous les biens et services produits dans un pays en un an. Par exemple, si le PIB du Canada était de 1 000 milliards de dollars en 2025, 5 % de ce montant équivaudraient à 50 milliards de dollars de dépenses militaires annuelles. Actuellement, le Canada dépense environ 2 % de son PIB pour sa défense, soit 63 milliards de dollars pour l’année financière 2025-2026. Pour atteindre l’objectif de l’OTAN, le budget militaire canadien devrait donc presque tripler en dix ans, passant de 63 à près de 300 milliards de dollars par an d’ici 2035.

Engagement de Carney

Le premier ministre canadien Mark Carney a annoncé lors d’un point de presse qu’il s’engageait à rendre plus transparentes les dépenses militaires du Canada dans le prochain budget fédéral. Il a précisé que le gouvernement publierait une mise à jour sur l’orientation budgétaire et l’évolution des dépenses de défense. Cette transparence est attendue, car le budget de l’automne 2024 ne prévoyait que 85 milliards de dollars d’investissements sur cinq ans en matière de défense, sans fournir de détails sur les dépenses annuelles futures. Mark Carney a également souligné que l’échéance de 2035 était encore lointaine et que l’OTAN réexaminerait ses objectifs en 2029, une année marquée par la fin du second mandat de l’ancien président américain Donald Trump. Cette réévaluation pourrait influencer les décisions des pays membres.

Dépenses militaires directes

Mark Carney a indiqué que le Canada prévoit d’atteindre un taux de 4 % du PIB en dépenses militaires d’ici 2035, dont 2,5 % seraient consacrés aux dépenses militaires directes (achat d’armes, salaires des militaires, entretien des équipements) et 1,5 % à des dépenses connexes de sécurité (cybersécurité, recherche et développement, soutien logistique). Par exemple, si le PIB canadien atteint 2 000 milliards de dollars en 2035, cela représenterait 50 milliards de dollars pour les dépenses directes et 30 milliards de dollars pour les dépenses connexes. Ces chiffres contrastent avec les 2 % du PIB initialement prévus par le gouvernement en 2025, montrant une accélération des investissements. Cependant, le gouvernement n’a pas encore détaillé comment ces montants seront financés.

Financement et déficit

L’Institut C.D. Howe, un groupe de réflexion économique canadien, estime que l’augmentation des dépenses militaires pour atteindre 5 % du PIB pourrait creuser le déficit fédéral de 63 milliards de dollars en 2035. Le déficit correspond à la différence entre les recettes (impôts, taxes) et les dépenses de l’État lorsque ces dernières sont supérieures. Pour 2029-2030, le manque à gagner pourrait atteindre 100 milliards de dollars, et dépasser 200 milliards de dollars en 2035. Ces projections contrastent avec les prévisions du gouvernement, qui table sur une réduction graduelle du déficit sur cinq ans. Pour combler ce manque, l’Institut propose des solutions comme une hausse modeste de la TPS (taxe sur les produits et services) ou une limitation de la croissance des dépenses hors défense et des transferts aux provinces. Le gouvernement a cependant exclu toute augmentation de taxes.

Croissance économique vs dette

Le ministre canadien de la Défense, David McGuinty, a affirmé que la croissance économique du Canada permettrait de financer l’augmentation des dépenses militaires. Il a souligné que ces investissements stimuleraient la création d’emplois et la richesse nationale, réduisant ainsi l’impact sur la dette publique. Selon lui, l’économie canadienne est en pleine expansion, ce qui justifierait ces dépenses supplémentaires. Cependant, des experts comme Jimmy Jean, économiste en chef du Mouvement Desjardins, estiment que la hausse des dépenses militaires est nécessaire pour assurer la souveraineté en défense du Canada face aux menaces des grandes puissances mondiales. Il juge peu probable que le Canada renonce à cet objectif, malgré les coûts élevés. Le débat porte donc sur l’équilibre entre croissance économique, dette publique et sécurité nationale.

Ce que ça pourrait changer

Le gouvernement canadien est critiqué pour son manque de **transparence** concernant le financement des dépenses militaires. Le **ministère de la Défense** a refusé de fournir des données annuelles détaillées, et le budget de l’automne **2024** ne contenait pas de prévision quinquennale des dépenses militaires, une première. **Yves Giroux**, ancien directeur parlementaire du budget, explique cette difficulté par l’incertitude sur l’évolution du PIB d’ici **2035**, un indicateur clé pour calculer les dépenses en pourcentage. Il souligne que le gouvernement pourrait nevertheless donner une meilleure idée de l’ampleur des coûts à venir. Par ailleurs, des médias comme **CBC** ont révélé que le gouvernement avait acquis des sous-marins auprès de l’entreprise allemande **ThyssenKrupp Marine Systems (TKMS)** sans divulguer de chiffres précis sur le coût total de cet achat.

Sujets complémentaires