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Environnement

Le serval, félin star des réseaux sociaux

Reporterre · mis à jour il y a 20 j

[Les nouveaux visages de la criminalité environnementale 4/4] Le petit félin qui ressemble à un chat alimente malgré lui un trafic dopé par les réseaux sociaux. Illégale en France, sa détention est parfois synonyme de maltraitance.

Le serval, star des réseaux

Le serval est un félin sauvage d'Afrique, reconnaissable à ses longues pattes, ses grandes oreilles et son pelage tacheté. Il est devenu une célébrité des réseaux sociaux grâce à des vidéos où il semble domestiqué, comme s'il s'agissait d'un chat géant. Ces publications, souvent partagées massivement, donnent l'impression que le serval est un animal de compagnie inoffensif. Pourtant, cette image est trompeuse : le serval est une espèce protégée, classée en annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (CITES), ce qui signifie que son commerce est strictement réglementé. Les vidéos virales, en normalisant sa présence dans les foyers, alimentent indirectement un trafic illégal qui menace sa survie.

Trafic illégal en hausse

Le commerce illégal de servals a connu une augmentation alarmante ces dernières années, notamment en Europe et en Amérique du Nord. Selon les données de l'organisation TRAFFIC, qui lutte contre le trafic d'espèces sauvages, entre 2010 et 2020, plus de 300 servals ont été saisis dans des opérations policières ou douanières à travers le monde. Ces chiffres ne représentent qu'une infime partie du trafic réel, car de nombreux animaux passent entre les mailles du filet. Les prix sur le marché noir varient entre 5 000 et 20 000 euros par individu, selon l'âge et l'état de santé de l'animal. Les acheteurs sont souvent des particuliers séduits par l'image du félin sur les réseaux, sans mesurer les risques sanitaires, juridiques ou éthiques liés à sa détention.

Risques pour l'animal

Détenir un serval comme animal de compagnie expose l'animal à des conditions de vie inadaptées. Dans la nature, ce félin a besoin d'un territoire de plusieurs kilomètres carrés pour chasser et se reproduire. En captivité, même dans de grands espaces, il souffre souvent de stress, de comportements stéréotypés (comme tourner en rond sans cesse) ou de problèmes de santé liés à une alimentation inappropriée. De plus, les servals capturés dans la nature sont souvent des juvéniles, séparés trop tôt de leur mère, ce qui perturbe leur développement. Les centres de sauvetage, comme ceux de l'UICN (Union internationale pour la conservation de la nature), reçoivent régulièrement des servals abandonnés par leurs propriétaires, incapables de gérer leur comportement imprévisible une fois adultes.

Menace sur les populations sauvages

Le trafic illégal de servals contribue à la dégradation des populations sauvages, déjà fragilisées par la destruction de leur habitat naturel. En Afrique, où vit l'essentiel des servals, la conversion des savanes en terres agricoles et l'urbanisation réduisent leurs espaces de vie. Le prélèvement d'individus pour le commerce aggrave cette pression. Selon l'UICN, le serval est classé comme préoccupation mineure, mais certaines sous-populations locales sont en déclin. Par exemple, au Maroc, où l'espèce est en voie de disparition, le nombre de servals est estimé à moins de 250 individus. La CITES rappelle que chaque animal prélevé dans la nature affaiblit davantage les écosystèmes dont il dépend.

Rôle des plateformes numériques

Les réseaux sociaux et les plateformes de vente en ligne jouent un rôle central dans la propagation du trafic de servals. Des groupes Facebook, des comptes Instagram ou des sites comme Leboncoin sont régulièrement utilisés pour vendre ou échanger des servals, souvent sous couvert d'adoptions ou de dons. En 2021, une enquête de l'ONG World Animal Protection a révélé que plus de 1 000 publications liées à la vente de servals avaient été identifiées sur ces plateformes en un an. Les algorithmes de recommandation, qui favorisent les contenus viraux, amplifient la visibilité de ces annonces. Les modérateurs peinent à supprimer ces contenus, car les vendeurs utilisent des mots-clés trompeurs comme 'faux chat' ou 'animal exotique facile à élever'.

Actions contre le trafic

Plusieurs acteurs tentent de lutter contre ce trafic. Les autorités douanières et les services de police spécialisés, comme l'Office français de la biodiversité (OFB), mènent des opérations de saisie et d'enquête. En 2022, en France, une opération a permis la saisie de 12 servals dans un élevage clandestin. Les organisations non gouvernementales (ONG) comme TRAFFIC ou IFAW (International Fund for Animal Welfare) mènent des campagnes de sensibilisation pour informer le public sur les dangers du trafic. Elles collaborent aussi avec les plateformes numériques pour durcir les règles de modération. Cependant, ces actions restent limitées face à l'ampleur du phénomène et à la demande croissante pour des animaux exotiques.

Ce que ça pourrait changer

Face à ce trafic, les citoyens peuvent agir à leur échelle. Il est essentiel de **ne pas partager** de vidéos ou de photos de servals présentés comme des animaux domestiques, car cela encourage indirectement la demande. En cas de rencontre avec une annonce suspecte (vente d'un serval, par exemple), il est recommandé de signaler le contenu aux plateformes ou aux autorités compétentes, comme la *plateforme de signalement des atteintes à l'environnement* en France. Les particuliers peuvent aussi soutenir les associations qui luttent contre le trafic, comme *Robin des Bois* ou *One Voice*, en faisant des dons ou en participant à des actions de plaidoyer. Enfin, adopter un animal exotique sans vérifier son origine légale peut contribuer à financer des réseaux criminels.

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