Belgique : l’extrême droite privée de direct 4/5 : Le cordon médiatique à l'épreuve des réseaux sociaux
Aujourd’hui, beaucoup jugent le cordon sanitaire médiatique dépassé, notamment parce que la parole d’extrême droite circule librement sur les réseaux sociaux. En Belgique francophone, médias et politiques se demandent comment l'actualiser..
Le cordon sanitaire médiatique est une pratique qui consiste, pour les médias traditionnels, à refuser de diffuser directement les propos de personnalités d’extrême droite, afin d’éviter de leur donner une tribune et de normaliser leurs idées. En Belgique francophone, ce dispositif est régulièrement débattu, notamment depuis que les réseaux sociaux permettent une diffusion instantanée et massive de ces discours. Par exemple, en janvier 2025, la RTBF (radio-télévision publique belge) a diffusé le discours d’investiture de Donald Trump avec un différé de deux minutes, pour analyser et contextualiser ses propos avant de les rendre publics. Cette initiative a suscité des réactions, car elle semble inefficace face à la viralité des réseaux sociaux, où les idées d’extrême droite circulent sans restriction. Le débat porte donc sur l’adaptation de ce cordon à l’ère numérique, où les plateformes comme X (ex-Twitter), Facebook ou TikTok permettent une diffusion immédiate et incontrôlée de ces contenus.
Les réseaux sociaux jouent un rôle central dans la remise en cause du cordon médiatique. Contrairement aux médias traditionnels, ces plateformes ne filtrent pas les discours politiques et permettent une exposition massive à des contenus d’extrême droite. Par exemple, une vidéo publiée par Donald Trump en 2025, générée par intelligence artificielle (IA), le montre en train de lancer des excréments sur ses opposants. Cette vidéo, partagée massivement, illustre comment les réseaux sociaux amplifient des messages controversés sans aucun garde-fou éditorial. Pour Charlotte et Coralie, deux étudiantes en journalisme à l’IHECS (Institut des Hautes Études des Communications Sociales) à Bruxelles, cette situation pose un paradoxe : les futurs journalistes sont protégés des discours d’extrême droite dans leur formation, mais y sont constamment exposés en dehors, via les réseaux sociaux. Elles soulignent que ces plateformes diffusent des contenus absurdes ou violents, sans aucun cordon sanitaire, ce qui rend le dispositif médiatique traditionnel moins pertinent.
En Belgique, le cordon sanitaire médiatique est considéré comme un mécanisme honorable, mais son efficacité est questionnée. Charlotte, une étudiante belge, compare la situation avec la France, où des personnalités d’extrême droite comme Marine Le Pen apparaissent régulièrement dans les médias traditionnels, par exemple lors des émissions de grande écoute comme le 20 heures de TF1. Pour elle, le cordon sanitaire belge reste une mesure importante, car il limite l’exposition des citoyens à ces discours. Cependant, elle se demande si ce dispositif est encore aussi nécessaire qu’il y a 25 ans, compte tenu de l’influence croissante des réseaux sociaux. Le débat porte donc sur l’équilibre entre la protection des citoyens et la liberté d’expression, ainsi que sur la capacité des médias traditionnels à maintenir un contrôle éditorial face à la viralité des réseaux sociaux.
Le cordon sanitaire politique, imaginé en 1989 par Jos Geysels (figure du parti écologiste Ecolo), visait à isoler l’extrême droite en refusant toute collaboration avec elle. Cependant, ce mécanisme est aujourd’hui fragilisé par la porosité entre les partis traditionnels et l’extrême droite. Margaux de Ré, députée Ecolo au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, explique que des idées ou des personnalités d’extrême droite sont de plus en plus relayées ou intégrées par des partis traditionnels, soit par calcul électoral, soit par influence idéologique. Cette porosité remet en cause l’efficacité du cordon sanitaire, car elle montre que les frontières entre les courants politiques s’estompent. Margaux de Ré souligne également la nécessité pour les plateformes de réseaux sociaux de jouer un rôle dans la modération des contenus, afin de limiter la diffusion de discours extrémistes.
Face à ces défis, les acteurs politiques et médiatiques en Belgique réfléchissent à moderniser le cordon sanitaire. Margaux de Ré, en tant que membre de la commission des médias, évoque la nécessité de repenser ce dispositif pour qu’il reste efficace à l’ère numérique. L’enjeu est double : d’une part, renforcer les garde-fous éditoriaux dans les médias traditionnels, et d’autre part, inciter les plateformes de réseaux sociaux à modérer davantage les contenus politiques. Le but est de trouver un équilibre entre la liberté d’expression et la protection des citoyens contre la normalisation des discours extrémistes. Ce débat s’inscrit dans un contexte plus large, où les médias traditionnels doivent s’adapter à l’évolution des usages numériques, tout en préservant leur rôle de contre-pouvoir et de filtre de l’information.

