Maintien de l’ordre, une histoire française : Vigilance ! Les citoyens auxiliaires de police
Qui fait la police ? Depuis le Moyen Âge jusqu'à nos jours, des citoyens ont fait la police sans être policiers, notamment pour encadrer les foules, avec la garde nationale et les services d'ordre des manifestations..
L’idée d’une participation citoyenne au maintien de l’ordre remonte au moins au Moyen Âge en France. Elle s’appuyait alors sur une logique de protection des biens et des personnes au sein d’une communauté. À cette époque, la sécurité était souvent assurée par des milices locales composées de volontaires, sans structure professionnelle permanente. Ces groupes agissaient sous l’autorité des seigneurs ou des municipalités, avec pour mission de surveiller les rues, d’intervenir en cas de trouble ou de prévenir les vols. Cette tradition de vigilance collective a persisté bien au-delà de cette période, montrant que la question de qui doit assurer l’ordre public a toujours été un enjeu social et politique.
La Révolution française de 1789 marque une étape clé avec la création de la garde nationale, une milice citoyenne composée d’hommes adultes. Cette institution avait pour but de remplacer les anciennes forces de l’ordre, jugées trop liées à l’Ancien Régime, et d’incarner l’idéal révolutionnaire : un ordre public fondé sur la participation des citoyens. Le service était obligatoire, effectué quelques jours par mois, et financé par les participants. Son recrutement variait selon les régimes politiques : élargi sous les régimes démocratiques comme la Première République (1792-1804), il se restreignait aux propriétaires sous les régimes autoritaires. La garde nationale a joué un rôle central dans les événements majeurs de cette période, comme la prise de la Bastille ou la défense de Paris contre les monarchies étrangères.
Au XIXe siècle, l’État français a progressivement professionnalisé les forces de l’ordre avec la création d’une police nationale sous Napoléon Ier (début du XIXe siècle) et le développement d’une gendarmerie comme force militaire dédiée au maintien de l’ordre en milieu rural. Ces institutions, plus structurées et permanentes, ont réduit le rôle de la garde nationale. Celle-ci a été dissoute en 1871 après la Commune de Paris, un soulèvement populaire réprimé dans le sang. La garde nationale était alors perçue comme une menace : son armement et son ancrage populaire en faisaient un risque potentiel de révolte contre l’État. Cette dissolution a marqué la fin d’une époque où les citoyens pouvaient être directement impliqués dans la répression des troubles.
Après 1871, la participation des citoyens au maintien de l’ordre ne disparaît pas complètement. Avec l’essor du syndicalisme (légalisé en 1884) et l’organisation de manifestations de plus en plus structurées, les organisateurs de ces rassemblements ont mis en place des services d’ordre composés de militants ou de sympathisants. Ces groupes, souvent informels, avaient pour mission d’encadrer les foules, de prévenir les débordements et d’assurer la sécurité des participants. Les femmes ont joué un rôle actif dans ces dispositifs, notamment dans les mouvements sociaux du début du XXe siècle. Cette forme de vigilance collective s’inscrit dans une logique de solidarité militante plutôt que dans un cadre institutionnel.
Au XXIe siècle, la participation citoyenne au maintien de l’ordre s’est diversifiée avec des dispositifs comme Voisins Vigilants, un programme lancé en France pour encourager les habitants à surveiller leur quartier et signaler les comportements suspects aux autorités. Contrairement aux formes historiques de milice, ces initiatives reposent sur la collaboration entre citoyens et forces de l’ordre professionnelles, sans armement ni pouvoir coercitif. Elles illustrent une tendance contemporaine où la sécurité est perçue comme une responsabilité partagée, combinant technologie (applications de signalement) et engagement local. Ces dispositifs soulèvent cependant des questions sur l’équilibre entre vigilance collective et respect des libertés individuelles.
L’histoire des citoyens auxiliaires de police révèle des tensions récurrentes entre sécurité collective et contrôle de l’État. La *garde nationale* du XIXe siècle, par exemple, a parfois servi les intérêts des révolutionnaires plutôt que ceux du pouvoir en place, comme lors de la révolution de 1848. De même, les services d’ordre des manifestations ont souvent été perçus comme des outils de répression par certains groupes, tandis que d’autres y voyaient une forme d’autodéfense citoyenne. Ces ambiguïtés montrent que la participation des citoyens au maintien de l’ordre est rarement neutre : elle reflète les rapports de force politiques et sociaux de chaque époque, ainsi que les débats sur la légitimité de l’action publique.

