Le Pakistan veut mettre à profit sa proximité avec Trump pour obtenir une facilité de 10 milliards de dollars
En raison de crises et de conflits successifs, les réserves de change du pays ne permettent plus de couvrir que trois mois d'importations. L’article Le Pakistan veut mettre à profit sa proximité avec Trump pour obtenir une facilité de 10 milliards de dollars est apparu en premier sur Le Grand Continent..
Le Pakistan, pays de 255 millions d'habitants, traverse une crise économique majeure en 2026. Ses réserves de change ne couvrent plus que trois mois d'importations, un seuil critique qui menace sa capacité à payer ses importations essentielles comme l'énergie ou les denrées alimentaires. Cette situation s'explique par plusieurs chocs successifs : la pandémie de Covid-19, la crise énergétique liée à l'invasion de l'Ukraine par la Russie, et surtout la guerre contre l'Iran qui a débuté fin février 2026. Le pays, pauvre en ressources fossiles, dépend fortement des importations de gaz naturel liquéfié (GNL) pour son approvisionnement énergétique. Ces difficultés ont entraîné un déficit de la balance courante, c'est-à-dire que le pays dépense plus en importations qu'il ne gagne avec ses exportations.
Pour éviter un défaut de paiement en 2023, le Pakistan avait dû se tourner vers le Fonds monétaire international (FMI), une institution internationale qui prête de l'argent aux pays en difficulté financière sous conditions strictes. Le FMI avait accordé un prêt immédiat de 3 milliards de dollars en 2023, puis un soutien de 7 milliards de dollars en 2024 et enfin 1,3 milliard de dollars en 2025. Cependant, ces aides sont assorties de réformes impopulaires comme des hausses d'impôts ou des réductions des dépenses publiques, ce qui limite leur efficacité. De plus, le Pakistan reste très dépendant des prêts d'autres pays comme la Chine ou l'Arabie saoudite. En avril 2026, le pays a dû rembourser 3,5 milliards de dollars aux Émirats arabes unis, remplacés par un nouveau prêt de 3 milliards de dollars de l'Arabie saoudite.
Face à l'épuisement de ses réserves et aux limites des solutions internationales, le gouvernement pakistanais cherche désormais à obtenir une aide financière directe des États-Unis. Il a demandé à Washington un soutien de 10 milliards de dollars pour renforcer ses réserves de change. Cette demande s'appuie sur la proximité politique récente entre Islamabad et l'administration de Donald Trump, construite depuis 2025. Le Pakistan espère que cette relation privilégiée lui permettra d'obtenir des conditions moins strictes que celles imposées par le FMI. Cette démarche marque un changement de stratégie, car le pays avait traditionnellement recours au FMI en priorité pour ses crises financières.
Le Pakistan a multiplié les gestes pour séduire l'administration Trump et renforcer sa position. En mai 2025, Islamabad a attribué un rôle clé à Donald Trump dans la négociation d'un cessez-le-feu avec l'Inde après une confrontation aérienne majeure, bien que New Delhi ait contesté cette implication. En guise de remerciement, le gouvernement pakistanais a proposé la candidature de Trump pour le prix Nobel de la paix. Plus récemment, en janvier 2026, le ministre des Finances pakistanais a signé un accord avec une entreprise liée à la famille Trump, World Liberty Financial, pour utiliser des crypto-dollars dans les échanges transfrontaliers. Le Pakistan s'est également engagé à rénover l'hôtel Roosevelt à New York, propriété de la compagnie aérienne nationale, et à y attirer des investissements miniers américains.
Le Pakistan mise sur son rôle de médiateur dans le conflit entre l'Iran et les États-Unis pour justifier sa demande d'aide américaine. Le pays partage une frontière de près de 1 000 km avec l'Iran et a joué un rôle central dans les négociations entre Téhéran et Washington, selon ses propres déclarations. Cette position géopolitique stratégique lui donne un avantage pour négocier avec l'administration Trump, qui pourrait voir d'un bon œil un allié capable de faciliter des accords internationaux. Le Pakistan espère ainsi obtenir un traitement de faveur similaire à celui accordé à l'Argentine en 2025, qui avait reçu un soutien américain sans les contraintes habituelles du FMI.

