Souveraineté de l’Europe spatiale : des écosystèmes performants pour la transformation numérique des start-up et des PME
L’ESSENTIEL L’avenir de l’industrie spatiale passe par les technologies innovantes des start-up et des PME du secteur. La France et l’Italie ont deux approches différentes pour stimuler l’écosystème d’innovation.
L’Europe fait face à un défi majeur en matière d’industrie spatiale : préserver sa souveraineté face à la domination des États-Unis et aux progrès rapides de la Chine. En 2025, les investissements publics mondiaux dans le spatial s’élèvent à 119 milliards d’euros, dont seulement 11% (13,5 milliards d’euros) proviennent de l’Europe. Les investissements privés atteignent 11,7 milliards d’euros au niveau mondial, avec 12% (1,4 milliard d’euros) investis en Europe. Cette situation pousse l’Europe à renforcer son écosystème spatial pour rester compétitive. L’industrie spatiale européenne, historiquement dominée par les grands groupes et les institutions, voit émerger de nouvelles dynamiques portées par les start-up et les PME, notamment dans le cadre de l’économie du New Space. Ce modèle, inspiré des États-Unis, repose sur l’agilité, l’innovation technologique et la réduction des coûts d’accès à l’espace.
Le New Space désigne une nouvelle économie spatiale marquée par l’émergence de start-up et de PME innovantes, souvent issues du numérique. Contrairement au modèle traditionnel dominé par les grands groupes et les agences spatiales, ces entreprises misent sur des technologies avancées, des coûts réduits et des marchés de niche à forte valeur ajoutée. En France, l’association Alliance NewSpace France regroupe près de 60 start-up et PME du secteur. Ces entreprises s’appuient sur des technologies numériques pour développer des solutions spatiales, comme l’observation de la Terre, les communications par satellite ou les missions robotiques. Leur croissance dépend fortement de leur écosystème national, qui leur fournit soutien financier, accès aux infrastructures et collaborations technologiques.
L’écosystème spatial français est caractérisé par une organisation centralisée et coordonnée. Le Centre national d’études spatiales (Cnes), l’État via des plans comme France 2030, la Stratégie nationale spatiale 2040, Bpifrance, la French Tech et des pôles de compétitivité comme Aerospace Valley et SAFE forment un système intégré. Ce cadre permet aux start-up et PME françaises d’accéder à des financements, des programmes nationaux et des infrastructures de recherche. Cependant, cet écosystème présente des limites : les liens avec les grands groupes sont moins forts, et la collaboration entre acteurs publics et privés pourrait être améliorée. Ces faiblesses ralentissent l’industrialisation et la croissance des petites entreprises.
L’Italie adopte une approche plus décentralisée pour son écosystème spatial. L’Agenzia Spaziale Italiana (ASI) joue un rôle central, mais les districts régionaux (Piémont, Latium, Pouilles) sont des moteurs clés. Ces districts regroupent entreprises, universités et centres de recherche, favorisant l’émergence de start-up et de PME spatiales. Les incubateurs locaux stimulent l’innovation, tandis que les liens étroits avec les grandes entreprises et les institutions académiques renforcent les capacités technologiques. Cependant, la fragmentation territoriale et les difficultés d’accès aux capitaux privés limitent la croissance de ces entreprises. Malgré ces défis, l’Italie affiche un chiffre d’affaires de 4,5 milliards d’euros dans le spatial en 2024.
Les capacités dynamiques numériques désignent la capacité d’une entreprise à s’adapter et à innover en intégrant les nouvelles technologies. Selon l’économiste David J. Teece, ce processus se déroule en trois étapes : l’identification (repérer les opportunités technologiques), la mobilisation (investir et déployer des ressources) et la reconfiguration (adapter ses structures). Les écosystèmes spatiaux français et italien influencent différemment le développement de ces capacités. En France, la coordination centralisée facilite l’identification des opportunités et la mobilisation des ressources, tandis qu’en Italie, l’intégration dans les districts régionaux favorise la reconfiguration rapide des capacités numériques.
La France et l’Italie présentent des forces complémentaires dans leur écosystème spatial. La France excelle dans l’identification des opportunités et l’accès aux financements, grâce à une politique industrielle centralisée. L’Italie, avec ses districts régionaux, favorise l’apprentissage, l’adaptation et la reconfiguration des ressources. Une coopération renforcée entre les deux pays pourrait renforcer la compétitivité de l’Europe spatiale. Par exemple, la joint-venture Thales Alenia Space (Thales et Leonardo) illustre déjà cette dynamique transfrontalière. Une meilleure intégration des chaînes d’approvisionnement et des marchés pourrait accélérer la transformation numérique des start-up et PME, essentielle pour la souveraineté européenne dans le spatial.
La collaboration entre la France et l’Italie, ainsi que leur participation conjointe à l’*Agence spatiale européenne* (ESA), offrent des opportunités pour construire une Europe spatiale plus souveraine. En combinant les forces de chaque écosystème, les start-up et PME pourraient développer des technologies innovantes, accéder à de nouveaux marchés et renforcer les chaînes d’approvisionnement. Cette synergie contribuerait à réduire la dépendance de l’Europe vis-à-vis des États-Unis et de la Chine. Les investissements dans les technologies avancées et la transformation numérique des entreprises spatiales sont des leviers clés pour atteindre cet objectif. La souveraineté européenne dans le spatial dépendra de la capacité à exploiter ces complémentarités.

