Le canal de Panama se prépare au phénomène El Niño
Face à l’installation progressive du phénomène El Niño, le canal de Panama anticipe une baisse durable des précipitations et prévoit une réduction du tirant d’eau autorisé pour franchir ses écluses. Une première restriction depuis près de deux ans, qui ravive les souvenirs de la sécheresse historique de 2023..
Le phénomène climatique El Niño se confirme au Panama à partir de mai 2025, avec une baisse des précipitations de 30 % dans tout le pays. Ce phénomène, qui se produit irrégulièrement tous les deux à sept ans, se caractérise par un réchauffement anormal des eaux de l’océan Pacifique, perturbant les régimes de pluie à l’échelle mondiale. Au Panama, cela entraîne un déficit pluviométrique important, alors que la saison des pluies avait officiellement débuté en mai. L’Institut de météorologie et d’hydrologie du Panama (IMHPA) anticipe même un déficit pouvant atteindre 55 % entre juillet et décembre 2025, aggravant une situation déjà préoccupante pour les ressources en eau.
Le canal de Panama, voie navigable reliant l’océan Atlantique à l’océan Pacifique, repose entièrement sur un système d’écluses alimenté par l’eau de pluie. Ces écluses permettent aux navires de franchir les dénivelés de l’isthme panaméen en ajustant leur niveau d’eau. Chaque année, les précipitations rechargent les réservoirs naturels qui fournissent cette eau. Cependant, avec le phénomène El Niño, la baisse des pluies menace directement ce mécanisme. L’Autorité du canal de Panama (ACP), l’organisme public gérant la voie navigable, craint une pénurie d’eau qui pourrait perturber son fonctionnement.
Pour anticiper le manque d’eau, l’ACP annonce des restrictions progressives sur le tirant d’eau maximal autorisé pour les navires de type Neopanamax. Ces navires, trop larges pour emprunter les anciennes écluses, transportent une grande partie du commerce maritime mondial. Le tirant d’eau désigne la profondeur à laquelle un navire s’immerge dans l’eau. En réduisant cette profondeur maximale, les navires doivent soit alléger leur cargaison, soit attendre des conditions plus favorables. Cette mesure n’avait pas été appliquée depuis plusieurs années, ce qui souligne l’urgence de la situation.
Le canal de Panama est un passage stratégique pour le commerce international, avec environ 3 % du trafic maritime mondial transitant par cette voie. Toute restriction sur le tirant d’eau ou une baisse de son activité a des répercussions économiques majeures. Les armateurs pourraient être contraints de choisir des routes alternatives plus longues et plus coûteuses, comme le passage par le cap de Bonne-Espérance en Afrique ou par le canal de Suez. Cela entraînerait une hausse des coûts logistiques pour les entreprises et une possible augmentation des prix pour les consommateurs.

