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Économie

Entre Limoges et Paris, les défaillances du train profitent à l’avion, relancé sur fonds publics

Alternatives Économiques · mis à jour il y a 4 j

Pour pallier les difficultés du train, les avions redécollent temporairement entre Limoges et Paris grâce à de l’argent public. Une situation qui symbolise l’enclavement ferroviaire du Massif central..

Relance aérienne Limoges-Paris

Depuis février 2026, la compagnie espagnole Volotea assure deux vols quotidiens entre Limoges et Paris jusqu’en avril 2027, date prévue de la fin des travaux sur la ligne ferroviaire POLT. Cette liaison aérienne, exploitée dans le cadre d’une obligation de service public (OSP), coûte près de 6 millions d’euros aux collectivités et à l’État. Les OSP désignent des lignes de transport jugées essentielles pour le désenclavement ou l’attractivité économique, mais non rentables, que les pouvoirs publics financent pour maintenir leur exploitation. Les premiers vols ont enregistré une fréquentation très faible, avec seulement 17 passagers pour 156 places disponibles lors du vol inaugural et parfois seulement trois voyageurs sur certains trajets, selon des médias locaux.

Détérioration du réseau ferroviaire

La ligne ferroviaire POLT (Paris-Orléans-Limoges-Toulouse), qui relie Limoges à Paris en environ 3 h 30, souffre d’un état de dégradation avancé depuis les années 2000. Les problèmes incluent des infrastructures vieillissantes et des retards dans la livraison de nouvelles rames, rendant la ligne particulièrement vulnérable aux aléas climatiques comme les canicules, qui provoquent des suppressions de trains. Bernard Peuch, membre d’un collectif de défense de la ligne Angoulême-Limoges, souligne que ces défaillances n’ont pas été résolues malgré des années de signalement. Face à ces perturbations, l’aéroport de Limoges a ironiquement promu ses vols en jouant sur l’actualité : « Quand les rails fondent, les ailes prennent le relais ! », lors des vagues de chaleur de l’été 2026.

Enclavement du Massif central

Le Massif central, une vaste région montagneuse couvrant plusieurs départements, est particulièrement touché par la dégradation du réseau ferroviaire. Un collectif nommé La colère des sans train milite pour une meilleure desserte, soutenue par les régions Auvergne-Rhône-Alpes, Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Ces dernières ont adressé en septembre 2026 une lettre commune au ministre des Transports, Philippe Tabarot, pour demander un plan stratégique ferroviaire spécifique à cette zone. Le Massif central compte 373 000 habitants dans le département de la Haute-Vienne, ce qui pose la question de la nécessité de maintenir des lignes aériennes coûteuses, alors que le train reste une alternative plus écologique et moins onéreuse.

Financement public des lignes aériennes

Les lignes aériennes sous OSP bénéficient d’un soutien financier public important, car elles sont considérées comme essentielles pour le désenclavement ou l’attractivité économique, même si elles sont peu fréquentées. Par exemple, les billets sur ces 26 liaisons aériennes bénéficient depuis juin 2026 d’une réduction de 65 % du tarif de solidarité de la taxe sur le transport aérien de passagers (TSBA), qui passe de 7,40 € à 2,63 € par billet. Cette mesure vise à rendre les vols plus attractifs, mais elle soulève des questions sur l’efficacité de ces investissements publics. Yoann Demoli, sociologue des mobilités, souligne que ces lignes profitent surtout à une minorité aisée, car la mobilité longue distance est socialement différenciée et rare pour la majorité de la population.

Débat sur l'utilité des lignes aériennes

La légitimité des lignes aériennes sous OSP est régulièrement questionnée, notamment pour les liaisons entre villes moyennes de l’Hexagone, comme Brive-Paris ou Limoges-Lyon. Philippe Dugot, géographe à l’université de Toulouse, propose de vérifier deux critères : l’existence d’une alternative crédible pour un aller-retour dans la journée et la taille de la ville desservie. Il estime que si une ligne sert uniquement à quelques chefs d’entreprise effectuant des déplacements rares, le train pourrait être une solution plus écologique et économique, avec la possibilité de prendre une chambre d’hôtel à Paris. Bernard Peuch, du collectif de défense de la ligne Angoulême-Limoges, va plus loin en affirmant que l’argent public devrait être réorienté vers le ferroviaire pour améliorer son efficacité, plutôt que vers l’avion.

Ce que ça pourrait changer

Le secteur aérien, et notamment les compagnies low cost, exerce une forte pression sur les pouvoirs publics pour maintenir ses avantages fiscaux. Par exemple, Ryanair a quitté l’aéroport de Clermont-Ferrand en mars 2026, rappelant que ces entreprises n’hésitent pas à utiliser des rapports de force pour conserver leurs bénéfices. Malgré une légère hausse de la TSBA en mars 2025, les élus locaux restent attachés à leurs aéroports, ce qui limite les marges de manœuvre pour rééquilibrer les financements en faveur du rail. Cette situation illustre les tensions entre les impératifs écologiques, les besoins de mobilité et les réalités économiques locales.

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