Abattage de bovins interprovincial : « la première brèche dans ce système »
Cette initiative vise à résoudre les problèmes de manque d'installations régionales..
Un projet pilote d’une durée de deux ans a été annoncé par les gouvernements du Québec, de l’Ontario et du Canada pour permettre à certains producteurs de bovins de l’Abitibi-Témiscamingue de faire abattre leurs animaux dans un abattoir situé en Ontario, près de la frontière québécoise. Ce projet vise à faciliter l’accès aux services d’abattage dans cette région, où les infrastructures locales sont limitées. Les bovins abattus dans cet établissement ontarien, inspecté et autorisé par la province, pourront ensuite être vendus au détail en Abitibi-Témiscamingue. L’objectif est de réduire les distances parcourues par les producteurs, ainsi que les coûts et contraintes logistiques associés à l’abattage dans des régions éloignées.
L’Abitibi-Témiscamingue, région située dans l’ouest du Québec, est actuellement confrontée à un manque d’abattoirs locaux capables de traiter les bovins. Les producteurs doivent parcourir jusqu’à 800 kilomètres pour faire abattre leurs animaux, principalement en Estrie, une région située au sud-est du Québec. Ce long trajet engendre des coûts supplémentaires importants, notamment en carburant, en temps et en stress pour les animaux. Le projet pilote cherche à remédier à cette situation en offrant une alternative plus proche, située en Ontario, tout en maintenant les normes de salubrité alimentaire. Cette région frontalière entre le Québec et l’Ontario est stratégique, car elle permet de réduire les distances tout en respectant les réglementations des deux provinces.
L’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) joue un rôle central dans ce projet pilote. Elle supervise les modifications réglementaires nécessaires pour faciliter le commerce interprovincial de la viande rouge, lorsque l’absence d’infrastructures locales nuit à l’économie régionale ou à la sécurité alimentaire. L’ACIA propose notamment de modifier le Règlement sur la salubrité des aliments au Canada afin de permettre l’abattage et la vente de viande entre provinces, sous certaines conditions. Cette initiative s’inscrit dans une volonté plus large de moderniser les règles pour s’adapter aux réalités économiques et géographiques des régions canadiennes.
Pierre Bélanger, propriétaire de l’entreprise Bison du Nord, située près d’Earlton en Ontario, salue cette avancée comme une première étape vers un commerce interprovincial plus libre. Il explique que, malgré la proximité de la frontière, il lui est impossible de vendre sa viande de bison au Québec en raison des réglementations actuelles. Chaque année, son entreprise produit entre 30 000 et 40 000 livres de viande, vendue principalement en Ontario, mais il reçoit régulièrement des demandes de consommateurs québécois. Pour lui, ce projet pilote représente une brèche dans un système qui limitait jusqu’ici les échanges entre provinces, en créant des frontières artificielles pour les produits alimentaires inspectés provincialement.
Ce projet pilote est présenté comme une première étape vers une harmonisation des règles entre les provinces canadiennes. Si les résultats sont concluants, ils pourraient servir de base à des modifications réglementaires plus larges, permettant un *libre-échange* des viandes inspectées provincialement. L’objectif ultime serait de supprimer les obstacles administratifs qui freinent actuellement le commerce interprovincial, tout en garantissant la sécurité alimentaire. Les acteurs locaux, comme les producteurs et les abattoirs, espèrent que cette initiative ouvrira la voie à une plus grande fluidité des échanges, au bénéfice des économies régionales et de la disponibilité des produits pour les consommateurs.

