VMware : trois ans après le rachat, la migration est toujours un sujet brûlant
Selon une étude parue chez Rimini Street, 90 % des clients VMware exploreraient l’idée de changer de crèmerie. L’étude n’y va pas par quatre chemins, pointant surtout les coûts de licence.
En mai 2023, l'entreprise américaine Broadcom a racheté VMware, un acteur majeur des solutions de virtualisation, pour 61 milliards de dollars. La virtualisation désigne une technologie permettant d'exécuter plusieurs systèmes d'exploitation ou applications sur un seul serveur physique, optimisant ainsi les ressources informatiques. Après ce rachat, Broadcom a modifié l'offre de VMware en supprimant les licences perpétuelles (achat unique d'un logiciel) au profit d'abonnements (paiement récurrent). Cette transition a provoqué une forte insatisfaction parmi les clients, notamment en raison de l'augmentation des coûts et de la perte de flexibilité. Certains ont même porté l'affaire devant les tribunaux, comme les entreprises AT&T, Orange et Thales, qui contestent les nouvelles conditions imposées par Broadcom.
En 2026, Rimini Street, une entreprise spécialisée dans le support tiers (assistance technique indépendante des éditeurs de logiciels), a publié les résultats d'un sondage réalisé auprès de 269 clients VMware entre décembre 2025 et février 2026. L'étude révèle que 90 % des entreprises interrogées envisagent de quitter l'écosystème VMware, mais cette donnée masque une réalité plus nuancée. En effet, 54 % des répondants citent la suppression des licences perpétuelles comme un motif de mécontentement, tandis que 90 % évoquent les tarifs élevés des nouveaux abonnements. Cependant, seulement 5 % des entreprises estiment que la technologie VMware elle-même est inadaptée à leurs besoins. Parmi les autres raisons de départ, 18 % des entreprises souhaitent migrer vers un environnement entièrement basé sur le cloud (informatique à distance), et 18 % déplorent la réduction des partenaires commerciaux de VMware.
L'étude de Rimini Street montre que les entreprises adoptent des stratégies variées pour quitter VMware. Ainsi, 48 % des répondants refusent de convertir leurs installations existantes en abonnements VMware Cloud Foundation (VCF), une plateforme de virtualisation proposée par VMware. Cependant, 41 % des entreprises prévoient une migration partielle vers VCF, et 11 % une migration totale. Par ailleurs, 34 % des entreprises envisagent de changer complètement d'hyperviseur (le logiciel central de la virtualisation) d'ici 2029, tandis que 48 % prévoient une transition progressive. Cette diversification reflète une volonté de réduire la dépendance à un seul fournisseur et d'adopter des solutions plus adaptées à leurs besoins spécifiques.
La migration vers d'autres solutions n'est pas simple. Selon l'étude, 40 % des entreprises citent la complexité opérationnelle comme un obstacle majeur, tandis que 38 % soulignent les défis liés à la gestion de plusieurs fournisseurs. La sécurisation des infrastructures (protection contre les cyberattaques) représente également un enjeu pour 37 % des répondants, tout comme le besoin de compétences techniques spécifiques pour 37 % d'entre eux. Ces difficultés illustrent le dilemme auquel font face les entreprises : payer pour une solution simple mais coûteuse, ou diversifier leurs outils et affronter une complexité accrue. Le support de vSphere 8.x, une version populaire de VMware, prendra fin en octobre 2027, ce qui pourrait accélérer les décisions de migration pour certaines entreprises.
En septembre 2026, le cabinet d'analyse Gartner a publié une étude moins alarmiste que celle de Rimini Street. Selon Gartner, 55 % des entreprises utilisatrices de VMware envisageraient de tester des solutions alternatives d'ici 2029, contre 25 % plus tôt dans l'année. Cependant, cette étude souligne les défis rencontrés avec les nouveaux fournisseurs. Par exemple, les licences de Nutanix (un concurrent de VMware) sont jugées complexes et parfois plus chères que prévu. Microsoft propose une solution, mais son administration nécessite de gérer plusieurs interfaces disjointes, ce qui complique son utilisation. Proxmox, une alternative open source, est perçue comme une solution de niche, limitée par son manque de support pour les applications d'entreprise majeures et ses effectifs réduits.
Face à la grogne contre VMware, de nouvelles solutions émergent. Par exemple, l'entreprise française Vates a levé 30 millions d'euros en octobre 2026 pour développer une plateforme open source de virtualisation. Cette solution vise à permettre aux organisations de conserver le contrôle de leurs infrastructures, de réduire leur dépendance technologique et de préserver leur liberté d'architecture. Vates se positionne comme un acteur capable de rivaliser avec les géants du secteur, en offrant une alternative aux solutions propriétaires. Cette initiative illustre une tendance plus large vers la diversification des outils de virtualisation, dans un contexte où les entreprises cherchent à éviter une dépendance excessive à un seul fournisseur.
Les entreprises disposent d'un calendrier à la fois rapide et lent pour migrer. Certaines ont renouvelé leurs abonnements VMware pour trois ans avant le rachat de 2023, ce qui leur donne un peu de temps. Cependant, la fin du support de vSphere 8.x en octobre 2027 impose une échéance pour les utilisateurs de licences perpétuelles. Cette date marque un tournant, car elle signifie que VMware ne fournira plus de mises à jour de sécurité ou de correctifs pour cette version. Les entreprises doivent donc planifier leur migration avant cette date, sous peine de se retrouver avec des infrastructures non sécurisées ou incompatibles avec les nouvelles technologies.

