Des électeurs pragmatiques face à un monde en turbulence
L’identité internationale du Québec ne se définit plus que par ce qu’il est, mais aussi par ce qu’il apporte..
Un sondage Léger réalisé du 28 au 31 août 2026 pour le compte du Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) révèle que les Québécois accordent une grande importance à la présence internationale du Québec, malgré les contraintes budgétaires. Plus de deux fois plus de répondants (33 %) souhaitent augmenter le réseau de représentation du Québec à l’étranger (bureaux et délégations) que ceux qui veulent le réduire (14 %). Ce résultat montre un attachement à l’idée que le Québec doit maintenir une présence active hors de ses frontières. Le sondage, réalisé auprès de 1 033 adultes québécois, a une marge d’erreur maximale de ± 3,1 % (19 fois sur 20).
Les Québécois souhaitent que le rayonnement international du Québec repose davantage sur des contributions concrètes, comme la transition énergétique et la lutte contre les changements climatiques (28 % des réponses), plutôt que sur des éléments traditionnels comme la francophonie et la diversité culturelle (23 %). Cette tendance marque un changement : l’identité internationale du Québec ne se définit plus uniquement par ce qu’il est, mais aussi par ce qu’il apporte au monde. Le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) privilégient encore la francophonie, tandis que Québec solidaire (QS) met l’accent sur le climat. Le Conseil des relations internationales de Montréal (CORIM) et Le Devoir analysent ces résultats dans le cadre de la série Le monde dans l’urne.
Face aux tensions commerciales avec les États-Unis et à l’incertitude géopolitique, les Québécois rejettent l’isolationnisme économique et privilégient des solutions pragmatiques. 34 % des répondants souhaitent renforcer les échanges avec les autres provinces canadiennes, 28 % veulent diversifier les marchés internationaux, et seulement 20 % veulent renforcer la production québécoise dans des secteurs stratégiques. Seuls 8 % estiment que la priorité devrait être de rétablir les relations commerciales avec les États-Unis. Le Parti québécois (PQ) propose une approche alignée sur ces priorités en misant sur la diversification des marchés d’exportation, tandis que la Coalition avenir Québec (CAQ) se concentre sur le développement de secteurs stratégiques au Québec.
L’industrie de la défense n’a jamais été un pilier du nationalisme économique au Québec, mais les tensions géopolitiques actuelles influencent les perceptions. 27 % des répondants souhaitent augmenter les investissements dans ce secteur, 37 % veulent les maintenir, et seulement 15 % privilégient leur réduction ou abolition. Au total, 64 % des Québécois appuient donc le maintien ou l’augmentation des investissements, reflétant une adaptation aux enjeux mondiaux. La Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) proposent d’accroître ces investissements, en accord avec cette tendance. Québec solidaire (QS) est le seul parti à proposer leur élimination complète.
Pour assurer la pérennité de la culture et de l’identité québécoise à l’ère numérique, les Québécois privilégient des solutions pragmatiques. 24 % des répondants misent sur la découvrabilité des contenus québécois, 22 % sur la promotion des produits culturels, 16 % sur la création de plateformes numériques québécoises, et 15 % sur la taxation accrue des géants du numérique (GAFAM). Près d’un répondant sur deux (46 %) préfère donc une approche de mise en valeur plutôt qu’une transformation profonde de l’écosystème numérique. La Coalition avenir Québec (CAQ), le Parti québécois (PQ) et le Parti libéral du Québec (PLQ) s’alignent sur ces préférences en misant sur la découvrabilité, tandis que Québec solidaire (QS) propose de taxer davantage les GAFAM.
Le principal enseignement du sondage est que les électeurs québécois recherchent des *solutions concrètes et pragmatiques* pour permettre au Québec de rayonner à l’international, plutôt que de s’engager dans de grands débats idéologiques. Les partis politiques, eux, proposent des réponses cohérentes avec leurs valeurs, ce qui crée parfois un *décalage* avec les priorités exprimées par les électeurs. Par exemple, Québec solidaire (QS) se distingue en mettant l’accent sur le climat et la taxation des GAFAM, tandis que les autres partis privilégient la francophonie ou la diversification économique. Cet écart entre les attentes des citoyens et les propositions partisanes pourrait refléter une préférence pour l’efficacité plutôt que pour les idéologies.

