Des électeurs pragmatiques face à un monde en turbulence
Dans un contexte de tensions géopolitiques et de remises en question des alliances traditionnelles, les électeurs québécois semblent privilégier une approche pragmatique de la diplomatie, où l’influence internationale du Québec se mesure moins à son identité qu’à sa capacité à apporter des solutions concrètes aux défis globaux. Ce virage, révélé par un sondage Léger pour le CORIM, interroge la cohérence entre les priorités citoyennes et les propositions partisanes, révélant un fossé entre pragmatisme électoral et idéologies politiques.
Quels sont les deux principaux leviers de rayonnement international que les Québécois souhaitent voir prioriser par leur gouvernement ?
Les Québécois placent en tête la transition énergétique et la lutte contre les changements climatiques (28 % des réponses), devant la francophonie et la diversité culturelle (23 %). Cette hiérarchie marque un glissement par rapport aux décennies précédentes, où la francophonie dominait largement le discours sur l’identité internationale du Québec.
Comment les partis politiques québécois se positionnent-ils face aux priorités exprimées par les électeurs en matière de rayonnement international ?
Le sondage révèle des convergences partielles mais aussi des décalages significatifs : Québec solidaire (QS) est le seul parti à faire du climat sa priorité absolue, tandis que le Parti libéral du Québec (PLQ) et le Parti québécois (PQ) misent davantage sur la francophonie et la culture. À l’inverse, la Coalition avenir Québec (CAQ) privilégie le développement de secteurs stratégiques internes, ce qui la place en décalage avec les attentes citoyennes.
Quel enseignement majeur peut-on tirer des préférences économiques des Québécois en matière de relations internationales ?
Les électeurs rejettent clairement l’isolationnisme économique et la dépendance envers les États-Unis, avec seulement 8 % des répondants souhaitant prioriser le rétablissement des relations commerciales avec Washington. En revanche, 34 % privilégient le renforcement des échanges avec les autres provinces canadiennes et 28 % la diversification vers de nouveaux marchés internationaux, reflétant une volonté de réduire les risques géopolitiques.
Comment les Québécois envisagent-ils la défense nationale dans un contexte de tensions internationales croissantes ?
Une majorité significative (64 %) des répondants souhaite maintenir ou augmenter les investissements dans l’industrie de la défense, contre seulement 15 % favorables à leur réduction ou abolition. Cette orientation, probablement influencée par le contexte géopolitique actuel, contraste avec les positions historiques du Québec en matière de nationalisme économique.
Ce que ça pourrait changer
Ce pragmatisme électoral pourrait contraindre les partis à ajuster leurs programmes pour mieux coller aux attentes citoyennes, notamment sur les enjeux climatiques et la diversification économique. À l’inverse, un décalage persistant entre les priorités partisanes et celles des électeurs pourrait alimenter une défiance envers les élites politiques, surtout si les solutions proposées peinent à répondre aux urgences perçues par la population.

