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Philosophie

Ce qu’écrire veut dire (au temps de l’IA)

AOC Media · mis à jour il y a 4 j

On se trompe de peur. Égaler un lauréat du Goncourt avec un texte prompté, tel est la supposée bravoure récemment réalisée par l’IA et qui menacerait les écrivains.

Peur médiatique de l'IA

L’article de Bertrand Leclair critique la manière dont les médias amplifient une peur infondée : celle que l’intelligence artificielle (IA) pourrait remplacer les écrivains en produisant des textes de qualité littéraire équivalente. Le point central de sa réflexion est que cette inquiétude repose sur une confusion entre la création littéraire et la simple production de texte. L’auteur cite un exemple médiatisé où l’écrivain Hervé Le Tellier, lauréat du prix Goncourt, aurait été opposé à une IA dans un « match » de création littéraire. Cependant, Leclair souligne que l’enjeu réel n’est pas la disparition de la littérature, mais plutôt la remise en question du modèle industriel de l’édition, qui se concentre davantage sur la structure narrative (l’histoire à raconter) que sur le geste littéraire (l’acte d’écrire).

L'expérience Goncourt vs IA

Le 26 mars 2025, le Nouvel Obs a publié un mini-dossier intitulé « Le prix Goncourt Hervé Le Tellier s’est mesuré à l’IA et le match a été à la fois surprenant… et terrifiant ». Dans cet article, le journaliste Didier Jacob relate une expérience où Hervé Le Tellier a comparé un texte écrit par lui-même à deux textes générés par une IA (Claude, assistée de ChatGPT). Chaque texte était limité à 3 000 signes. Le titre de l’article du Nouvel Obs utilise le terme « match », suggérant une compétition entre l’humain et la machine. Cependant, Bertrand Leclair remet en cause cette approche, car elle occulte la dimension subjective et artistique de l’écriture, réduisant la littérature à une simple performance technique.

Critique du modèle éditorial

Bertrand Leclair explique que l’industrie éditoriale, en se focalisant sur la notion d’« histoire » à raconter, risque de perdre de vue l’essence même de la littérature : le geste littéraire. Ce geste inclut non seulement le choix des mots, mais aussi l’intention, l’émotion et la singularité de l’auteur. L’IA peut produire des textes structurés et cohérents, mais elle ne peut pas, selon lui, incarner cette dimension humaine et subjective. L’auteur illustre son propos en évoquant une exposition sur Wassily Kandinsky et la lecture de son livre Les Marches, traduits par Catherine Perrel. Ces œuvres, comme la littérature, reposent sur une expérience unique et non reproductible, ce qui les distingue des productions automatisées.

L'IA menace-t-elle la littérature ?

Bertrand Leclair affirme que l’IA ne menace pas la nécessité de la littérature, mais plutôt les structures économiques qui soutiennent les écrivains. En effet, si les éditeurs privilégient les textes générés par IA pour leur rapidité et leur coût réduit, cela pourrait marginaliser les auteurs humains. Cependant, l’auteur souligne que la vraie question n’est pas de savoir si l’IA peut écrire, mais si elle peut créer. La création implique une intention, une sensibilité et une originalité que les algorithmes ne peuvent pas reproduire. Ainsi, la littérature reste un acte humain irréductible, même si l’IA peut simuler certaines de ses formes.

Ce que ça pourrait changer

L’article de Bertrand Leclair invite à une réflexion plus large sur ce que signifie *écrire*. Pour lui, écrire n’est pas seulement produire un texte, mais aussi s’engager dans un processus de création qui implique une relation unique entre l’auteur et son œuvre. Cette relation est fondée sur des choix subjectifs, des émotions et une expérience de vie que l’IA ne peut pas imiter. L’auteur utilise l’exemple de Kandinsky pour illustrer cette idée : comme la peinture, l’écriture est une forme d’expression qui dépasse la simple technique. Ainsi, même si l’IA peut générer des textes, elle ne peut pas remplacer l’acte d’écrire dans sa dimension la plus profonde.

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