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Russie : les étudiants étrangers au cœur d’une nouvelle stratégie internationale

The Conversation France · mis à jour il y a 14 j

Document de certificat d’établissement d’enseignement supérieur ou secondaire spécialisé (inscription « carte d’étudiant », en russe). La Russie accueille des centaines de milliers d’étudiants étrangers.

Nouvelle cible russe

La Russie vise désormais l’accueil de 500 000 étudiants étrangers d’ici 2030, contre environ 400 000 actuellement. Cet objectif, fixé dès 2024, s’inscrit dans une stratégie de réorientation géopolitique. Pour y parvenir, Moscou prévoit de maintenir 30 000 bourses publiques annuelles pour les étudiants internationaux et de simplifier les procédures d’admission. Cette politique marque un tournant : les universités russes, autrefois tournées vers l’Occident, se concentrent désormais sur l’Asie, l’Afrique et le Moyen-Orient. L’invasion de l’Ukraine en 2022 a en effet gelé une grande partie des coopérations avec les pays occidentaux, poussant la Russie à chercher de nouveaux partenaires. Les universités ne sont plus seulement des outils de soft power (influence culturelle et académique), mais deviennent des instruments de résilience stratégique, permettant de préserver des réseaux scientifiques et des partenariats internationaux malgré les sanctions.

Héritage soviétique

La Russie n’invente pas cette stratégie : elle s’inscrit dans une tradition remontant à l’époque soviétique. Pendant la guerre froide, l’URSS utilisait déjà les universités pour former des élites étrangères, diffuser son modèle académique et renforcer son influence. Des pays comme le Vietnam ont bénéficié de programmes de formation en ingénierie et en administration, conçus pour étendre l’influence de Moscou. Après l’effondrement de l’URSS en 1991, cette politique a perdu de son ampleur avant d’être relancée dans les années 2000. Le Project 5-100, lancé en 2013, visait à améliorer la compétitivité des universités russes en attirant des étudiants étrangers et en développant des partenariats internationaux. Cette approche s’inscrivait alors dans une logique de modernisation et de visibilité académique, similaire à celle d’autres grandes puissances.

Stratégie post-2022

Depuis l’invasion de l’Ukraine en février 2022, les universités russes subissent des sanctions majeures : gel des coopérations avec les établissements occidentaux, interruption des doubles diplômes et limitation des échanges scientifiques. Pourtant, la Russie n’a pas abandonné sa politique d’internationalisation. Au contraire, elle l’a adaptée. Dès 2024, le gouvernement a réaffirmé son ambition de doubler le nombre d’étudiants étrangers d’ici 2030. Cette stratégie répond à deux enjeux : accompagner la réorientation de la politique étrangère russe vers de nouveaux partenaires (Asie, Afrique, Moyen-Orient) et faire face à des contraintes internes, comme le déclin démographique et la fuite des cerveaux. Les partenariats se multiplient avec des pays comme l’Inde, la Chine ou des nations africaines, notamment dans les domaines de la médecine, de l’intelligence artificielle et du numérique.

Géographie des mobilités

Contrairement aux idées reçues, les étudiants étrangers en Russie ne viennent pas principalement d’Europe ou des États-Unis. Avant 2022, la majorité provenaient des anciennes républiques soviétiques (Kazakhstan, Ouzbékistan, Biélorussie, etc.). Depuis, les effectifs en provenance d’Inde, de Chine et de plusieurs pays africains (Soudan, Guinée, Ghana, Tchad) augmentent significativement. Cette géographie reflète la nouvelle orientation de la Russie. Les coopérations scientifiques se recomposent également : les publications communes avec des chercheurs occidentaux diminuent, tandis que celles avec la Chine et l’Inde progressent. Cette évolution ne compense pas les partenariats perdus avec l’Occident, mais elle montre une stratégie de réorientation plutôt que de repli total.

Ce que ça pourrait changer

Malgré les tensions diplomatiques, les mobilités individuelles d’étudiants et de chercheurs n’ont pas disparu. Selon les données 2025 d’Open Doors, environ 5 000 étudiants russes étudient encore aux États-Unis, et plus de 5 500 en France. Ces chiffres illustrent la résilience des réseaux universitaires, qui semblent moins affectés par les crises géopolitiques que les relations diplomatiques. Les universités russes continuent donc de jouer un rôle clé dans la préservation de compétences scientifiques et de partenariats internationaux, même si leur forme a changé. Cette capacité à maintenir des liens malgré les sanctions souligne l’importance stratégique de l’enseignement supérieur dans la politique étrangère russe.

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