« Pas d’IA sur le concept R8 Gordini », Renault explique comment l’IA change le métier de designer
En amont du Mondial de l’Auto, Alexandre Malval revient sur la conception de la spectaculaire Renault 8 Gordini Concept, le rôle croissant de l’intelligence artificielle dans la création automobile et la guerre du minimalisme face à la dictature des écrans..
Renault présente au Mondial de l'Auto 2026 une version moderne de la Renault 8 Gordini, un modèle mythique des années 1960. Ce concept-car, long de 4,12 mètres, a été conçu de manière traditionnelle par les designers, sans utiliser d'intelligence artificielle pendant sa phase de création. Cependant, son design allie des lignes vintage à des éléments résolument contemporains, comme une calandre imposante et des jantes larges, pour séduire à la fois les nostalgiques et les amateurs de design actuel. Cette approche montre que Renault mise sur l'héritage tout en intégrant des innovations modernes.
Bien que la Renault 8 Gordini Concept ait été dessinée « à l'ancienne », l'intelligence artificielle générative (IA) a joué un rôle clé en aval du processus. Les designers ont utilisé des outils d'IA pour transformer leurs croquis en visuels hyperréalistes, comme des images de la voiture sous la pluie de nuit ou des animations de quelques secondes montrant la voiture en mouvement. Ces rendus servent à convaincre la direction de Renault et le public, car ils permettent de visualiser rapidement des idées qui seraient autrement longues à modéliser manuellement. L'IA agit donc comme un accélérateur de communication, réduisant le temps nécessaire pour explorer des concepts audacieux.
Le métier de designer automobile a connu une évolution majeure avec l'arrivée de l'IA. Alexandre Malval, directeur du design chez Renault, explique que dans les années 1990, il fallait une à deux journées pour obtenir un rendu abouti à partir d'un croquis, contre seulement 10 minutes aujourd'hui grâce aux outils d'IA. Les designers utilisent désormais des prompts (instructions textuelles) pour générer des dizaines de variantes de leurs idées en quelques minutes. Certains outils peuvent même extrapoler des parties manquantes d'un véhicule, comme l'arrière d'une voiture, à partir d'un croquis de l'avant. Une prochaine étape, bloquée pour l'instant par des questions de confidentialité des données, serait la génération instantanée d'esquisses en 3D.
Malgré l'automatisation croissante, l'IA ne remplace pas le designer. Alexandre Malval insiste sur le fait que le dessin reste « la façon de réfléchir » et que l'intuition humaine est irremplaçable. Le designer doit non seulement formuler des prompts précis pour guider l'IA, mais aussi filtrer et sélectionner les propositions générées. Sans le croquis initial, qui pose une intention claire, l'IA ne peut pas produire de résultats pertinents. Le designer garde donc le contrôle final sur les choix stylistiques et commerciaux, faisant de lui un « pilote » essentiel dans ce processus. L'IA est perçue comme un outil d'accélération, à condition d'être bien maîtrisé.
Cette révolution s'inscrit dans un contexte où l'industrie automobile accélère ses processus de création pour répondre aux attentes du marché. Renault, avec la Renault 8 Gordini Concept, montre comment concilier tradition et innovation. Cependant, des défis persistent, comme la confidentialité des données dans le cloud, qui bloque temporairement le développement d'outils d'IA plus avancés. Par ailleurs, cette approche interroge la place du minimalisme dans le design automobile face à la multiplication des écrans et des fonctionnalités numériques dans les véhicules, un débat soulevé lors de l'avant-première du concept.

