L’Afrique pourra-t-elle développer une IA africaine ?
Quelles sont la place et la partition propres au continent africain dans l’architecture mondiale de l’intelligence artificielle (IA) ? Alors que se déroule, du 7 au 10 juillet à Genève, l’IA for Good Global Summit, coprésidé par le Rwandais Paul Kagame, la question d’une IA africaine occupe la presse du continent..
En juillet 2026, l’événement IA for Good Global Summit se tient à Genève sous l’égide des Nations unies. Ce sommet rassemble des acteurs internationaux pour discuter de l’intelligence artificielle (IA) et de son impact sur la société. Le président rwandais Paul Kagame y participe en tant que coprésident aux côtés de Marc Benioff, PDG de l’entreprise américaine Salesforce. Lors de son discours, Kagame souligne l’importance d’investir dans la jeunesse africaine et dans les capacités en IA, affirmant que l’Afrique a un rôle clé à jouer dans l’économie numérique mondiale. Cet événement s’inscrit dans la continuité du premier sommet africain pour une IA africaine, organisé à Kigali en avril 2025.
L’Afrique fait face à un défi majeur : son écosystème de l’IA dépend largement d’entreprises étrangères, notamment américaines, chinoises et européennes, ainsi que de centres de données situés au Moyen-Orient. Selon le groupe de réflexion ISS Africa, cette situation fait de l’Afrique un simple consommateur d’IA importée, plutôt qu’un producteur souverain et fiable. L’Union africaine et son Conseil de paix et de sécurité (CPS) ont évoqué la création d’une IA continentale « harmonisée », mais cet objectif reste lointain et est qualifié de « techno-optimisme » par le groupe Amani Africa. Pour y parvenir, l’Afrique devrait développer ses propres infrastructures et compétences.
La souveraineté en IA désigne la capacité d’un État ou d’une institution à développer, héberger, réglementer et utiliser des systèmes d’IA de manière autonome, sans dépendre excessivement de fournisseurs externes ou de services cloud. Pour y parvenir, il faut des infrastructures solides : électricité en quantité suffisante, matériel informatique, dispositifs de refroidissement et réseaux de connectivité performants. Or, l’Afrique ne dispose que de 3 % de la production mondiale d’électricité, avec une répartition inégale : l’Afrique du Sud et l’Afrique du Nord représentent à elles seules 65 % de cette capacité, selon l’Agence internationale de l’énergie.
Le Rwanda s’est positionné comme un acteur clé dans le développement d’une IA africaine. En avril 2025, le pays a organisé le premier sommet africain pour une IA africaine à Kigali, réunissant des experts et des décideurs. Cet événement a permis la création d’un fonds continental d’une ambition de 60 milliards de dollars (52 milliards d’euros) et d’un Conseil africain sur l’intelligence artificielle, présidé par Paul Kagame. Le Rwanda mise sur l’investissement dans la jeunesse et les capacités en IA pour renforcer son autonomie technologique. Cependant, le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed convoitait aussi ce rôle de leader.
Plusieurs villes africaines se disputent le titre de « capitale de l’IA » en 2026. Lagos, au Nigeria, était autrefois considérée comme la favorite grâce à sa démographie, ses fintechs licornes (start-ups valorisées à plus de 800 millions d’euros) et son vivier d’ingénieurs. Cependant, en juillet 2026, la situation a évolué. Johannesburg, en Afrique du Sud, est désormais la grande favorite, accueillant le premier laboratoire d’IA appliquée de Google Cloud en Afrique. Ce choix s’explique par l’avance du pays en compétences numériques et la robustesse de ses infrastructures de données. Nairobi, au Kenya, a aussi longtemps été en tête, grâce à la présence du Africa Development Center de Microsoft, mais un projet de centre de données a été abandonné en raison de contraintes énergétiques.
L’Afrique du Nord émerge comme un outsider dans la course à l’IA africaine. Le Maroc a annoncé la construction de quatre centres de données aux capacités supérieures à celles de ses concurrents, tandis que l’Égypte mise sur son emplacement stratégique, avec le point d’atterrissage de la majorité des câbles sous-marins reliant l’Europe à l’Asie et une quinzaine de centres de données. Ces pays cherchent à attirer des investissements et à renforcer leurs infrastructures pour devenir des hubs de l’IA sur le continent. Pour l’instant, aucune ville ne combine tous les critères nécessaires pour héberger une IA africaine souveraine.
En 2026, la répartition des rôles entre les villes africaines candidates à l’*IA* est claire : Accra (Ghana) réfléchit aux stratégies, Lagos (Nigeria) fournit les talents, Nairobi (Kenya) héberge les infrastructures supportables, Johannesburg (Afrique du Sud) fait fonctionner les machines, Casablanca (Maroc) concentre la puissance, et Kigali (Rwanda) établit les règles. Aucune ville ne domine encore, mais cette répartition montre une complémentarité entre les pays. Le défi reste de combiner tous ces éléments pour créer une *IA* africaine souveraine et compétitive à l’échelle mondiale.

