La laborieuse quête d’un riz moins producteur de méthane
La riziculture traditionnelle émet de grandes quantités de ce puissant ce gaz à effet de serre. Les solutions proposées par les agronomes peinent à convaincre les agriculteurs en Asie, comme en témoigne ce reportage aux Philippines de “Nikkei Asia”..
La culture traditionnelle du riz dans les rizières inondées est une source majeure d’émissions de méthane, un gaz à effet de serre bien plus puissant que le dioxyde de carbone. En effet, les sols gorgés d’eau des rizières créent un environnement anaérobie (sans oxygène) où des bactéries décomposent la matière organique en produisant du méthane. Ce phénomène est particulièrement marqué en Asie, où le riz est une culture centrale pour l’alimentation et l’économie. Aux Philippines, par exemple, la riziculture représente une part significative des émissions nationales de gaz à effet de serre. Le méthane libéré contribue ainsi au réchauffement climatique, ce qui pose un défi environnemental majeur pour les agriculteurs et les gouvernements de la région.
L’Alternate Wetting and Drying (AWD), ou irrigation alternée par submersion et assèchement, est une technique agricole qui vise à réduire les émissions de méthane tout en optimisant la consommation d’eau. Contrairement à la méthode traditionnelle où les rizières restent constamment inondées, l’AWD alterne des phases d’inondation et de sécheresse contrôlée. Cette alternance limite l’activité des bactéries productrices de méthane, car l’assèchement partiel du sol réduit leur développement. Aux Philippines, l’Administration nationale de l’irrigation (NIA) promeut cette méthode auprès des agriculteurs. Merriam Saba, une rizicultrice de 52 ans, a adopté l’AWD il y a neuf ans et constate non seulement une réduction des émissions, mais aussi une augmentation de ses rendements, passant de moins de 2 tonnes par hectare à plus de 4 tonnes.
L’adoption de l’AWD présente des avantages économiques directs pour les agriculteurs. En réduisant la quantité d’eau nécessaire, cette méthode diminue les coûts liés au pompage et à l’irrigation, souvent élevés dans les régions où l’eau est une ressource précieuse. Merriam Saba, par exemple, a vu ses dépenses en énergie pour l’irrigation chuter, ce qui a amélioré sa marge bénéficiaire. De plus, l’augmentation des rendements permet aux riziculteurs d’accroître leurs revenus. L’AWD offre donc une solution gagnante sur le plan financier, ce qui facilite son adoption malgré les changements de pratiques qu’elle implique. Ces bénéfices économiques sont un argument clé pour convaincre les agriculteurs réticents.
Malgré ses avantages, la méthode AWD rencontre des résistances parmi les agriculteurs asiatiques. Certains craignent une baisse des rendements ou une complexité accrue dans la gestion de l’irrigation. D’autres, habitués à des pratiques transmises par leurs parents, hésitent à modifier leurs méthodes traditionnelles. Aux Philippines, l’Administration nationale de l’irrigation (NIA) joue un rôle clé en proposant des formations et un accompagnement technique aux agriculteurs volontaires. Cependant, la généralisation de l’AWD reste lente, car elle nécessite un changement de mentalité et une confiance dans les nouvelles technologies agricoles. Les gouvernements et les organisations internationales tentent de promouvoir cette méthode, mais son succès dépend largement de l’adhésion des producteurs locaux.
Aux Philippines, la riziculture est un pilier de l’économie et de la sécurité alimentaire. Le pays importe chaque année des quantités importantes de riz pour répondre à la demande nationale, ce qui en fait l’un des plus grands importateurs mondiaux. Dans ce contexte, l’adoption de techniques comme l’AWD est encouragée pour réduire les coûts de production et limiter l’impact environnemental de l’agriculture. Los Banos, une région située à 60 kilomètres au sud-est de Manille, est un terrain d’expérimentation pour ces nouvelles méthodes. Les autorités locales, conscientes des enjeux climatiques, soutiennent activement les initiatives visant à améliorer la durabilité de la riziculture, tout en cherchant à augmenter les rendements pour réduire les importations.
La réduction des émissions de méthane liées à la riziculture est un enjeu climatique mondial. Le méthane est responsable d’environ 30 % du réchauffement climatique actuel, et l’agriculture en est l’une des principales sources. En adoptant des méthodes comme l’AWD, les riziculteurs contribuent directement à la lutte contre le changement climatique. Aux Philippines, où la riziculture est intensive, cette transition pourrait avoir un impact significatif sur les émissions nationales. Cependant, pour que cette solution soit efficace à grande échelle, elle doit être adoptée par un nombre suffisant d’agriculteurs et soutenue par des politiques publiques adaptées. Les efforts actuels restent limités, mais ils ouvrent la voie à des pratiques plus durables dans l’agriculture mondiale.

