Réparer la démocratie québécoise en quatre étapes faciles
La proportionnelle est hors de portée. Mais rien n’interdit d’innover pour rendre notre système électoral plus juste..
Le système électoral québécois actuel, conçu pour deux partis, pose deux problèmes majeurs. D’abord, il permet à un parti de former un gouvernement avec seulement 28 % des voix, comme ce fut le cas lors des dernières élections. Ensuite, 127 députés sont élus avec moins du tiers des suffrages dans leur circonscription, ce qui donne l’impression qu’une majorité d’électeurs s’oppose au parti au pouvoir. Ce système favorise les distorsions entre le nombre de votes et la représentation parlementaire. Par exemple, en 2022, le Parti conservateur du Québec (PCQ) a obtenu 13 % des voix sans obtenir de siège, tandis que d’autres partis ont été surreprésentés. Plusieurs tentatives de réforme, comme l’introduction d’un mode de scrutin proportionnel mixte, ont échoué en raison de la taille du territoire québécois, qui rendrait les circonscriptions trop vastes pour être couvertes efficacement.
L’auteur propose d’adopter le vote préférentiel, un système déjà utilisé pour les courses à la chefferie au Québec et dans d’autres pays. Les électeurs classent les candidats par ordre de préférence (1er, 2e, 3e choix, etc.). Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue (50 % + 1), les deuxièmes choix des électeurs du candidat éliminé sont redistribués aux autres candidats. Ce processus se répète jusqu’à ce qu’un candidat atteigne la majorité. Ce système garantit que chaque député élu a le soutien d’une majorité d’électeurs dans sa circonscription. Par exemple, selon des simulations basées sur des données de sondages, ce système aurait modifié l’attribution de sept sièges lors des dernières élections, favorisant principalement le Parti québécois (PQ) et Québec solidaire (QS).
Pour corriger les inégalités de représentation, l’auteur suggère deux mesures. D’abord, un parti obtenant au moins 10 % des voix sans siège se verrait attribuer un député supplémentaire, portant le total à 128 sièges. Par exemple, en 2022, le PCQ aurait obtenu ce siège supplémentaire. Ensuite, les partis obtenant plus de 10 % des voix seraient reconnus comme groupes parlementaires, leur donnant accès à des droits de parole et des budgets de recherche proportionnels à leur part des voix. Actuellement, les petits partis sont désavantagés car ils reçoivent moins de ressources, même s’ils ont une part significative des suffrages. Ces réformes visent à rendre la représentation plus juste et transparente.
Le poids électoral des Québécois varie fortement selon leur lieu de résidence. Par exemple, un électeur des îles de la Madeleine a un poids 4,5 fois supérieur à celui d’un électeur de Brome-Missisquoi, où le poids est de 67 % de la moyenne. La Commission de la représentation électorale propose régulièrement de redécouper les circonscriptions pour corriger ces déséquilibres, mais ces changements suscitent des résistances locales en raison des identités territoriales. L’auteur propose une solution innovante : conserver les circonscriptions actuelles, mais moduler le poids des députés au moment des votes à l’Assemblée nationale. Par exemple, le député des îles de la Madeleine aurait un poids de 0,22 vote, tandis que celui de Brome-Missisquoi aurait un poids de 1,33. Cela permettrait de maintenir les liens locaux tout en assurant une représentation proportionnelle.

