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Droit

La recherche en terrains sensibles : enjeux, définition

Univ-Droit : science politique · mis à jour il y a 10 h

Colloque international organisé par le Centre de Recherche sur les droits de l’Homme et le droit humanitaire - CRDH/Paris Human Rights Center, Université Paris Panthéon-Assas et le Centre d’analyse et de recherche interdisciplinaire sur les médias - CARISMLire la suite....

Nouveaux terrains sensibles

La recherche en terrains sensibles ne concerne plus uniquement les régimes autoritaires, mais s'étend désormais à des contextes démocratiques. Ces terrains deviennent sensibles en raison de contraintes croissantes pesant sur la liberté académique, comme l'accès limité aux données, les pressions politiques ou les risques pour les chercheurs. Ce colloque organisé les 5 et 6 novembre 2026 à l'Université Paris-Panthéon-Assas vise à analyser ces enjeux en croisant les approches disciplinaires. Il s'agit d'interroger comment la recherche peut préserver son indépendance face à ces nouvelles formes de sensibilité, notamment dans des domaines comme les élites nucléaires, les conflits ou les mobilisations sociales. Les organisateurs, le Centre de Recherche sur les droits de l'Homme et le droit humanitaire (CRDH) et le CARISM, réunissent des chercheurs, doctorants et experts pour partager leurs expériences.

Accès aux données sensibles

L'accès aux terrains sensibles pose des défis majeurs pour les chercheurs, notamment en raison du secret d'État ou des restrictions administratives. Par exemple, étudier les élites nucléaires en France nécessite de contourner des règles strictes de confidentialité, tandis que l'enquête sur les crimes historiques peut se heurter à des archives inaccessibles ou à des pressions politiques. Le droit d'accès aux documents administratifs, encadré par des lois comme la loi française sur la transparence administrative, devient un enjeu central : il doit concilier transparence et protection des secrets d'État. Des chercheurs comme Thomas Alves (Université Paris 8) ou Emilie Barbin (Université Grenoble Alpes) analysent ces tensions, soulignant comment les procédures administratives peuvent limiter la liberté scientifique. Alice Mossuz (Université Paris 1) aborde quant à elle les difficultés d'enquêter à l'Assemblée nationale, un terrain où l'insensibilité apparente reflète les limites de la démocratie.

Recherche en zones de conflit

Enquêter en temps de guerre ou d'après-guerre exige des stratégies complexes pour protéger à la fois les chercheurs et les personnes interrogées. Sharon Weill (Université américaine de Paris) partage son expérience sur des terrains comme les tribunaux militaires de Guantánamo ou de Cisjordanie, ainsi que le procès Hissène Habré au Sénégal. Ces contextes imposent de négocier l'accès au terrain, souvent en collaboration avec des acteurs locaux ou internationaux, tout en garantissant l'anonymat des enquêtés pour éviter des risques de répression. Yannick Donald Ngouo Djoumessi (Université de Yaoundé I) aborde les défis spécifiques du Cameroun, où la recherche en « zones difficiles » nécessite des adaptations méthodologiques pour préserver la sécurité des participants. Florian Lebret (Université Laval) étudie quant à lui les émeutes de mai 2024 en Nouvelle-Calédonie, montrant comment les terrains numériques et ethnographiques se recomposent en contexte de conflit.

Mobilisations et controverses

Les terrains sensibles incluent désormais des espaces marqués par des mobilisations sociales ou des controverses, comme les questions environnementales ou les mouvements antiféministes. Amélie Ribieras (Université Paris-Panthéon-Assas) analyse par exemple le terrain de l'Eagle Forum, un groupe américain antiféministe dirigé par Phyllis Schlafly, où la recherche doit composer avec des discours hostiles et des risques de polarisation. D'autres chercheurs explorent les enjeux de la recherche environnementale, où les controverses (comme celles autour des énergies fossiles ou des OGM) peuvent exposer les scientifiques à des pressions économiques ou politiques. Ces terrains soulèvent des questions sur la liberté scientifique et la protection juridique des chercheurs, notamment face à des procédures-bâillons (stratégies judiciaires visant à intimider les opposants).

Protection juridique des chercheurs

Les chercheurs travaillant en terrains sensibles sont exposés à des menaces, qu'elles soient physiques, juridiques ou psychologiques. Agnès Granchet (Université Paris-Panthéon-Assas) et Konstantinos Tararas (UNESCO) analysent les protections juridiques disponibles, comme les recours contre les procédures-bâillons ou les mécanismes de défense des droits humains. Un procédure-bâillon est une action en justice abusive visant à museler un chercheur ou une organisation en les accablant de frais de justice. L'Observatoire des atteintes à la liberté académique, présenté par Delphine Dulong (Université Paris 1) et Camille Gourdeau, documente ces cas pour alerter sur les risques pesant sur la liberté scientifique. Ces protections sont essentielles, car les chercheurs peuvent aussi être ciblés en raison de leurs prises de position, comme ceux travaillant sur la Palestine en France, où Reema Altamimi (CARISM) étudie les pressions subies.

Santé mentale des chercheurs

La recherche en terrains sensibles a un impact direct sur la santé mentale des chercheurs, notamment en raison des risques psychosociaux liés à l'exposition à des violences ou à des environnements hostiles. Océane Foubert (Université de Picardie Jules Verne) et Noémie Trovato (Université Paris Cité) étudient les effets des enquêtes sur les violences sexistes et sexuelles, tandis que Loïc Lerouge (CNRS) souligne les obligations des employeurs publics en matière de protection de la santé mentale. Des outils comme le Guide Femmes et terrains (Marie Hiliquin, Eugénie Masclef et Anastasia Protassov) visent à créer des méthodologies adaptées pour réduire ces risques. Ces initiatives reflètent une prise de conscience croissante : la qualité de la recherche dépend aussi du bien-être de ceux qui la mènent.

Méthodologies adaptatives

Pour contourner les obstacles des terrains sensibles, les chercheurs développent des stratégies méthodologiques innovantes. Aleksandr Lutsenko (LIER-FYT/EHESS) propose par exemple l'entretien exégétique, une technique d'enquête indirecte pour étudier les élites en contexte autoritaire, où l'accès direct est impossible. Marte Beldé (Sciences Po Bordeaux) adapte quant à elle des outils ethnographiques pour étudier le jihad en Afrique, en tenant compte des imaginaires de danger associés à ces terrains. Sophie-Hélène Trigeaud (Université Jean Monnet Saint-Étienne) et Fanny Georges (Université Lumière Lyon 2) explorent les enjeux éthiques des terrains numériques, où les données sont souvent invisibles mais exposent les chercheurs à des risques de cyberharcèlement ou de diffamation. Ces adaptations soulignent l'importance de repenser les méthodes pour concilier rigueur scientifique et sécurité.

Ce que ça pourrait changer

Ce colloque international, organisé par le CRDH et le CARISM, se tiendra les 5 et 6 novembre 2026 à l'Université Paris-Panthéon-Assas, salle des Conseils, 12 place du Panthéon à Paris. Il est ouvert aux chercheurs, doctorants et professionnels intéressés par les enjeux de la recherche en terrains sensibles. La participation est possible en présentiel ou en ligne, mais une inscription obligatoire est requise via un formulaire en ligne. Les intervenants incluent des professeurs, doctorants et experts de disciplines variées, comme le droit, la sociologie, l'anthropologie ou les sciences de l'information. L'événement vise à créer un espace d'échange pour partager des retours d'expérience et proposer des solutions face aux défis de la liberté académique.

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