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Géopolitique

Au Kenya, le désarroi des travailleurs des “usines à dissertations”

Courrier International · mis à jour 22 sept.

“The New York Times” raconte comment l’intelligence artificielle menace “l’économie de petits boulots numériques” qui s’est développée au Kenya ces quinze dernières années. Dans ce pays où plus d’un quart des jeunes sont au chômage, beaucoup peinent à se reconvertir, explique le quotidien américain..

L'âge d'or kényan

Entre 2010 et le début des années 2020, le Kenya a connu une période économique particulière grâce à l'émergence du microtravail en ligne. Ce système permettait à des jeunes diplômés, souvent issus de pays comme le Kenya, les Philippines ou l'Inde, de gagner de l'argent en réalisant des tâches simples pour des entreprises ou des particuliers étrangers via internet. Parmi ces emplois, la rédaction de dissertations pour des étudiants étrangers est devenue une activité lucrative. À Nairobi, capitale du Kenya, certains rédacteurs gagnaient suffisamment pour s'offrir des voitures neuves comme des Subaru, les derniers smartphones ou des places VIP en discothèque. Teresios Bundi, un jeune Kényan, a ainsi pu monter sa propre entreprise de rédaction de dissertations après ses études, employant d'autres étudiants pour rédiger les travaux à sa place. Les prix variaient entre 40 et 70 dollars (35 à 61 euros) par devoir.

Un secteur menacé

Cette économie informelle du microtravail a commencé à décliner avec l'arrivée de l'intelligence artificielle (IA). Les outils d'IA, capables de rédiger des textes de qualité en quelques secondes, ont progressivement remplacé les rédacteurs humains. Le New York Times souligne que cette transformation a touché l'ensemble des usines à dissertations du Kenya, où des milliers de personnes gagnaient leur vie en rédigeant des travaux universitaires pour des étudiants étrangers. Selon des estimations des années 2020, au moins 40 000 Kényans travaillaient dans ce secteur. Teresios Bundi, par exemple, a dû fermer son entreprise après avoir constaté une chute drastique des commandes. Le phénomène illustre un avertissement plus large : l'IA menace des emplois qui semblaient jusqu'alors protégés dans les économies numériques.

Le chômage des jeunes

Le Kenya fait face à un défi majeur : plus d'un quart de ses jeunes sont au chômage. Dans ce contexte, les usines à dissertations représentaient une opportunité rare pour des diplômés sans emploi stable. Leur disparition aggrave donc la précarité de cette population. Aujourd'hui, seuls quelques spécialistes, appelés humanizers, parviennent encore à trouver des débouchés. Leur travail consiste à modifier des textes générés par IA pour les rendre plus naturels et indétectables par les logiciels de détection de plagiat. Cependant, ce marché reste marginal et ne suffit pas à compenser les pertes d'emplois. Le pays illustre ainsi les risques de l'IA pour les économies dépendantes du microtravail numérique.

Ce que ça pourrait changer

Les *usines à dissertations* du Kenya fonctionnaient comme un modèle économique informel, basé sur la demande d'étudiants étrangers prêts à payer pour obtenir des travaux clés en main. Ce système profitait à la fois aux rédacteurs locaux et à une économie numérique en expansion. Cependant, sa fragilité résidait dans sa dépendance à des tâches répétitives et peu qualifiées, facilement automatisables. L'arrivée de l'IA a révélé cette vulnérabilité, montrant comment des emplois précaires peuvent disparaître du jour au lendemain. Le cas kényan sert aujourd'hui d'exemple pour d'autres pays où des millions de personnes dépendent de ce type de microtravail pour survivre.

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