Parler et dire
19e conférence internationale de l’Académie internationale de droit linguistique Droit, Identités politiques, Langues (DIL) organisée par le DETS, l'IRM, l'ILD, le CERCCLE, Université de Bordeaux sous la responsabilité scientifique de Véronique Bertile, Thibaut Dauphin, Thierry Dominici et Alain Pariente.Lire la suite....
Ce colloque international, intitulé Parler et dire, se tiendra du 4 au 6 novembre 2026 à Bordeaux. Organisé par plusieurs laboratoires de l’Université de Bordeaux (DETS, IRM, ILD, CERCCLE), il réunit des chercheurs en droit, science politique, sociologie, histoire, philosophie, linguistique et économie. L’objectif est d’explorer les liens entre langage, droit et identités, en dépassant le cadre strict du droit linguistique. L’événement rassemble des professeurs, doctorants et experts internationaux pour discuter de thèmes comme la norme juridique extra-linguistique, les enjeux écologiques ou les politiques linguistiques. Il s’adresse à un public académique et interdisciplinaire, avec des interventions en français et des débats structurés autour d’ateliers thématiques.
L’un des ateliers centraux du colloque aborde la notion de norme juridique extra-linguistique, c’est-à-dire des règles de droit qui ne s’expriment pas par des mots mais par d’autres moyens. Par exemple, le design normatif utilise des symboles, des couleurs ou des formes pour transmettre des obligations légales, comme les panneaux de signalisation routière. Les intervenants explorent aussi le rôle du non-dit en droit, où des normes implicites influencent les comportements sans être formalisées. Des cas concrets comme les normes administratives ou les pratiques de transformation publique sont analysés pour comprendre comment ces mécanismes façonnent le quotidien. L’enjeu est de montrer que le droit ne se limite pas aux textes, mais s’étend à des pratiques et des signes tangibles.
Un atelier est consacré à la manière dont le langage et le droit abordent les enjeux écologiques. Les discussions portent sur des concepts comme l’écologie brune (critique des mouvements écologistes radicaux), la décroissance ou l’économie de la Terre, qui remet en cause le modèle économique traditionnel. Des intervenants analysent aussi le nexus environnement-sécurité, c’est-à-dire les liens entre crise écologique et sécurité nationale, ou encore la justice environnementale, qui vise à protéger les populations vulnérables face aux dégradations écologiques. L’objectif est de comprendre comment les mots et les normes peuvent accélérer ou freiner la transition écologique, avec des exemples comme l’objectif Zéro Artificialisation Nette (ZAN) des sols en France.
Un autre axe du colloque étudie les enjeux ethnolinguistiques, c’est-à-dire les tensions entre langues, identités et pouvoirs politiques. Les débats portent sur des cas comme la Corse, où la langue régionale est un marqueur identitaire face à l’État français, ou le Cameroun, où le bilinguisme (français et anglais) structure l’administration. Les intervenants analysent aussi la protection des langues régionales en Espagne, où la Constitution de 1978 reconnaît plusieurs langues officielles, ou encore les luttes pour la reconnaissance des langues autochtones au Canada et au Québec. L’objectif est de montrer comment les politiques linguistiques reflètent ou contestent les rapports de force territoriaux et culturels.
Un atelier explore spécifiquement le droit linguistique, c’est-à-dire les lois qui protègent ou encadrent l’usage des langues minoritaires. Des exemples concrets sont étudiés, comme la glottocatalepsie en France, qui désigne la reconnaissance juridique des langues régionales sans leur donner de statut effectif. D’autres interventions analysent le rôle des contrats en droit camerounais pour protéger les locuteurs des langues minoritaires, ou encore les instruments d’action publique pour promouvoir ces langues dans les entreprises. L’enjeu est de mesurer l’efficacité des lois face aux réalités sociolinguistiques, avec des comparaisons entre l’Europe et l’Amérique du Nord.
Un panel du colloque aborde la manière dont le langage influence les marchés et les rapports de pouvoir. Par exemple, une intervention analyse comment les stratégies européennes de financiarisation des terres agricoles utilisent des discours pour justifier des politiques économiques. Une autre intervention étudie le lawfare, une stratégie internationale qui instrumentalise le droit pour discréditer des adversaires politiques. Ces débats montrent comment les mots et les récits peuvent servir à légitimer ou contester des modèles économiques, en particulier dans des contextes géopolitiques tendus comme la Caraïbe ou le Moyen-Orient.
Un atelier se concentre sur la justice environnementale, un concept qui vise à corriger les inégalités face aux crises écologiques. Les intervenants discutent de la parrêsia de la conversion écologique, c’est-à-dire la nécessité d’un discours franc et transparent pour accélérer les changements. D’autres interventions analysent le discours apophasique de figures politiques comme Donald Trump, qui nie le changement climatique tout en évoquant le sujet. L’objectif est de montrer comment les mots peuvent soit renforcer les inégalités environnementales, soit servir d’outils pour les réduire, en particulier dans les pays du Sud global.
Un panel explore le rôle des langues dans l’éducation et la recherche, avec un focus sur l’internationalisation des universités. Les intervenants analysent comment les politiques linguistiques influencent la formation des étudiants, par exemple en Algérie, où l’enseignement de la langue amazighe est un enjeu de normalisation scolaire. D’autres interventions étudient l’usage de l’arabe algérien dans la publicité ou la place des œuvres littéraires en berbère dans l’édition. L’objectif est de montrer comment les choix linguistiques dans l’éducation reflètent des rapports de pouvoir et des dynamiques sociales.
Le colloque rassemble plusieurs acteurs académiques et institutionnels. Parmi eux, Véronique Bertile, Thierry Dominici, Alain Pariente et Thibaut Dauphin assurent la responsabilité scientifique de l’événement. Des professeurs comme Guillaume Rousseau (président de l’AIDL) ou Pauline Gervier (CERCCLE) participent aux ouvertures. Des experts internationaux comme Alberto Poletti (Université Paris 1) ou Jean-Olivier Roy (Université de Chicoutimi) interviennent sur des thèmes comme les Caraïbes ou les enjeux décoloniaux. L’Académie internationale de droit linguistique (AIDL) et l’Université de Bordeaux sont les organisateurs principaux.
Le colloque se déroule sur trois jours, du 4 au 6 novembre 2026, dans l’amphithéâtre Ellul à Bordeaux. Chaque journée est structurée en ateliers thématiques avec des panels, des débats et des pauses (café, buffet). Les participants peuvent assister à des interventions sur des sujets variés, comme le droit extra-linguistique, l’écologie politique ou les langues minoritaires. Une table ronde compare les réalités institutionnelles des langues régionales en Europe et en Amérique du Nord. L’événement se termine par une assemblée générale de l’AIDL et une clôture officielle. Les inscriptions et informations pratiques sont disponibles via l’adresse carole.bergerot@u-bordeaux.fr.

