L’Europe veut rendre les lunettes connectées beaucoup moins discrètes
Ne pas interdire les lunettes connectées mais en encadrer très fermement les usages : c’est en substance la déclaration adoptée par le Comité européen de la protection des données. Le régulateur veut imposer davantage de transparence à ces appareils qui se fondent dans le décor, mais rappelle aussi que leurs porteurs engagent leur responsabilité.
Les lunettes connectées, comme les Meta Ray-Ban, soulèvent des inquiétudes majeures en Europe concernant la protection de la vie privée. Ces appareils, capables d’enregistrer des vidéos et des sons, peuvent être utilisés de manière malveillante, par exemple pour du harcèlement ou de l’espionnage. Le Comité européen de la protection des données (EDPB), un organisme indépendant créé en 2018 qui regroupe les autorités nationales de protection des données des pays de l’Espace économique européen (EEE), a adopté une déclaration pour encadrer leur utilisation. L’EDPB souligne que ces lunettes peuvent porter atteinte à la dignité des personnes et à leurs droits fondamentaux, notamment dans des lieux sensibles comme les vestiaires, les piscines, les plages ou les établissements de santé.
Selon le Règlement général sur la protection des données (RGPD), les utilisateurs de lunettes connectées doivent respecter des obligations strictes lorsqu’ils les utilisent en dehors d’un cadre strictement personnel. Ils doivent notamment informer clairement et explicitement les personnes autour d’eux, surtout si ces dernières sont enregistrées en vidéo ou en audio. Cette règle s’applique particulièrement dans des contextes sensibles, comme les lieux de travail, où ces appareils pourraient être utilisés pour surveiller les employés ou accéder à des informations confidentielles, comme des secrets d’affaires. Le RGPD impose que tout traitement de données personnelles repose sur une base légale, comme le consentement des personnes concernées, sauf exceptions.
L’EDPB insiste sur la responsabilité des fabricants et des fournisseurs de services associés, dès la conception de leurs produits. Ces acteurs doivent intégrer des mécanismes de transparence pour alerter les personnes autour des lunettes connectées lors de leur utilisation. Par exemple, les lunettes Meta Ray-Ban disposent d’une diode LED qui s’allume lors d’un enregistrement vidéo, mais l’EDPB juge cette solution insuffisante. Il recommande d’ajouter des signaux sonores, des notifications sur smartphones ou d’autres indicateurs visuels plus visibles. Ces mesures doivent être efficaces, difficiles à contourner et régulièrement mises à jour pour garantir leur pertinence.
Les solutions techniques actuelles, comme la diode LED des lunettes Meta Ray-Ban, présentent des limites majeures. Cette lumière peut être difficile à percevoir pour les personnes malvoyantes ou confondue avec un reflet de soleil. L’EDPB souligne que ces indicateurs ne suffisent pas à garantir la transparence nécessaire. Il propose donc aux fabricants d’envisager d’autres éléments de conception pour rendre ces lunettes identifiables, comme des formes ou des couleurs distinctives. L’objectif est d’éviter que ces appareils ne se fondent dans le décor et ne deviennent invisibles pour les non-utilisateurs.
Pour limiter les risques liés aux lunettes connectées, l’EDPB recommande aux fabricants d’intégrer plusieurs mesures techniques dès la conception de leurs produits. Parmi celles-ci figurent la limitation de l’enregistrement en continu, la réduction des durées de conservation des données, le floutage ou l’anonymisation des personnes filmées, et le traitement direct des données sur l’appareil pour éviter leur stockage externe. L’EDPB suggère également de désactiver par défaut le stockage persistant des données lorsqu’il n’est pas nécessaire et d’imposer des restrictions géographiques dans les lieux sensibles, comme les écoles ou les hôpitaux.
L’EDPB plaide pour le développement de standards communs à l’industrie des lunettes connectées, afin d’harmoniser les pratiques et de garantir une protection uniforme des données personnelles dans l’Espace économique européen. Il recommande également des campagnes de sensibilisation pour le grand public, afin que chacun puisse identifier ces appareils et comprendre les types de traitements de données qui peuvent avoir lieu dans différentes situations. Ces initiatives visent à renforcer la transparence et à réduire les risques liés à l’utilisation de ces technologies. Les recommandations de l’EDPB n’ont pas force de loi, mais elles orientent l’interprétation du RGPD par les autorités de protection des données et peuvent éclairer la Commission européenne.
La problématique des lunettes connectées a suscité des réactions variées en Europe ces derniers mois. En Norvège, une interdiction temporaire a été instaurée dans certains lieux publics, tandis qu’au Royaume-Uni, une campagne de publicité négative a été lancée contre les lunettes *Meta*. En France, la *CNIL* (Commission nationale de l’informatique et des libertés) a également alerté sur les risques sérieux que ces appareils font peser sur la vie privée. Ces initiatives illustrent l’inquiétude croissante des autorités européennes face à l’utilisation de ces technologies et la nécessité d’un encadrement strict pour protéger les droits des citoyens.

