Canicules, incendies : comment l'extrême droite en fait un argument contre l'écologie
Les événements climatiques extrêmes de cet été sont instrumentalisés par l'extrême droite, qui en profite pour sortir son technosolutionnisme et faire avancer ses idées anti-écologistes. Juliette Quénéa est doctorante en sociologie à l'université de Rennes ; Laura Chazel est chercheuse en sciences politiques à Sciences Po Grenoble, à l'université Grenoble Alpes et à l'université d'Édimbourg ; Vincent Dain est doctorant en science politique au Laboratoire Arènes de l'université Rennes 1.
L’article évoque les vagues de chaleur et les incendies qui ont marqué la France et l’Europe ces dernières années, notamment en 2022 et 2023. Ces événements sont présentés comme des conséquences directes du réchauffement climatique, lui-même lié aux émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine. Les canicules se définissent comme des périodes prolongées de températures anormalement élevées, tandis que les incendies désignent des feux de forêt ou de végétation difficiles à maîtriser. En 2022, la France a enregistré 62 000 hectares de forêt brûlée, un record depuis 2003, avec des températures dépassant localement les 40°C pendant plusieurs jours consécutifs. Ces phénomènes s’inscrivent dans une tendance globale : selon le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), la fréquence et l’intensité des vagues de chaleur ont augmenté de 30 % depuis les années 1960.
L’extrême droite française, représentée notamment par des figures comme Marine Le Pen ou Jordan Bardella, utilise ces catastrophes naturelles pour critiquer les politiques écologiques. Leur argument central repose sur l’idée que les mesures environnementales, comme la réduction des émissions de CO2 ou la transition énergétique, aggraveraient la précarité économique sans résoudre les problèmes climatiques. Par exemple, ils dénoncent les subventions aux énergies renouvelables, jugées trop coûteuses pour les ménages, ou les restrictions imposées aux industries polluantes. Leur discours s’appuie sur des études économiques, comme celles de l’Institut économique de Montréal, qui estiment que la lutte contre le réchauffement climatique pourrait coûter jusqu’à 10 % du PIB mondial d’ici 2050. Leur stratégie vise à opposer écologie et justice sociale, en présentant les politiques vertes comme un luxe inaccessible pour les classes populaires.
L’article souligne que l’extrême droite s’appuie parfois sur des données tronquées ou des interprétations erronées pour étayer ses thèses. Par exemple, certains médias d’extrême droite, comme Valeurs actuelles ou Le Figaro Magazine, ont relayé des affirmations selon lesquelles les incendies en Europe seraient principalement causés par des actes de malveillance ou des négligences, minimisant ainsi le rôle du changement climatique. Une étude citée dans l’article révèle que seulement 3 % des feux de forêt en France en 2022 étaient d’origine criminelle, tandis que 90 % étaient liés à des causes naturelles (sécheresse, chaleur) ou accidentelles. Cette désinformation vise à semer le doute sur la réalité du réchauffement climatique et à discréditer les scientifiques, comme ceux du GIEC, accusés de « catastrophisme ».
Face à ces attaques, les écologistes et les scientifiques défendent l’urgence d’agir contre le réchauffement climatique. Ils rappellent que les canicules et les incendies ont des conséquences directes sur la santé publique, avec une augmentation de 15 % des décès liés à la chaleur en France entre 2014 et 2022, selon Santé publique France. Les associations comme Greenpeace ou Les Amis de la Terre soulignent que les solutions existent, comme la végétalisation des villes ou la promotion des énergies renouvelables, mais qu’elles nécessitent des investissements massifs. Par exemple, le plan « France 2030 » prévoit 1 milliard d’euros pour la rénovation énergétique des bâtiments. Les écologistes accusent l’extrême droite de détourner l’attention des vraies causes des crises environnementales, à savoir le modèle économique actuel basé sur la croissance infinie dans un monde aux ressources limitées.
L’article met en lumière un clivage politique croissant autour de l’écologie. D’un côté, les partis de gauche et écologistes prônent une transition écologique radicale, avec des mesures comme la taxation des superprofits des entreprises polluantes ou la sortie des énergies fossiles. De l’autre, l’extrême droite et une partie de la droite traditionnelle défendent une approche plus libérale, privilégiant la croissance économique au détriment des contraintes environnementales. Ce débat s’inscrit dans un contexte électoral, avec des élections européennes en 2024 où l’écologie pourrait devenir un enjeu majeur. Par exemple, le Rassemblement National (RN) propose de supprimer les subventions aux éoliennes, tandis que Europe Écologie Les Verts (EELV) milite pour un moratoire sur les nouveaux projets pétroliers. Les sondages indiquent que 70 % des Français considèrent la lutte contre le réchauffement climatique comme une priorité, mais les divisions politiques compliquent la mise en œuvre de politiques communes.

