Les inconnus de l’histoire - Alexandre Yersin 2/3 : Alexandre Yersin, de l'exploration de l'Indochine à la découverte du bacille de la peste
Scientifique rigoureux, Alexandre Yersin fut également un grand explorateur des régions les plus reculées de l’Indochine. Dans ce 2e épisodes des "Inconnus de l'histoire" en 1982, nous le suivons de la jungle indonchinoise à la découverte du bacille de la peste à Hong Kong en 1894..
Alexandre Yersin (1863-1943) était un médecin, bactériologiste et explorateur franco-suisse. Formé à l’Institut Pasteur et à l’Université de Paris, il a marqué l’histoire par ses travaux sur les maladies infectieuses et ses expéditions en Indochine. En 1894, il a découvert le bacille responsable de la peste bubonique, une avancée majeure pour la médecine. Avant cette découverte, Yersin avait exploré les régions reculées de l’Indochine, notamment la chaîne annamitique et les hauts plateaux, où il a étudié les populations locales comme les Moïs. Son approche alliait rigueur scientifique et curiosité pour les cultures autochtones, ce qui a fait de lui une figure unique de son époque.
En 1890, Yersin s’installe en Indochine en tant que médecin des Messageries maritimes. Il quitte ce poste en 1892 pour se consacrer à l’exploration scientifique. Sous l’égide du ministère français des Colonies et de la Société de géographie, il mène des missions pour cartographier la chaîne annamitique, une chaîne de montagnes s’étendant du Vietnam au Laos. Il cherche également les sources des fleuves Sé-Bang-Kan et Dong Nai. Passionné par la région, il choisit de s’établir à Nha Trang, où il étudie les populations locales, notamment les Moïs, un groupe ethnique des montagnes. Il documente leurs modes de vie et réalise des photographies de leurs visages, contribuant ainsi à la connaissance de ces cultures.
En mai 1894, une épidémie de peste bubonique éclate à Hong Kong. Le ministère français des Colonies envoie Yersin sur place pour étudier la maladie. Il arrive le 15 juin 1894, avec des moyens financiers et logistiques limités. Contrairement à la délégation japonaise dirigée par le docteur Kitasato, qui dispose d’un laboratoire moderne, Yersin travaille dans une simple cabane en paillote. Cette situation précaire, qu’il qualifie lui-même de misère scientifique, devient paradoxalement un atout. Sans équipement sophistiqué, il parvient à isoler le bacille responsable de la peste, un petit bâtonnet trapu mal coloré au bleu de Loeffler, visible au microscope.
Le 20 juin 1894, Yersin observe au microscope une préparation contenant des microbes tous identiques. Il reconnaît immédiatement un bacille en forme de bâtonnet, qu’il suspecte d’être celui de la peste. Bien que ses observations soient confirmées par des analyses ultérieures, sa découverte est contestée par une partie de la communauté scientifique internationale, notamment par les Japonais qui attribuent la paternité de la découverte à Kitasato. Cependant, le professeur Henri Mollaret, expert en microbiologie, affirme sans ambiguïté que Yersin est bien le premier à avoir identifié le bacille de la peste, Yersinia pestis, sans chauvinisme mais sur la base des faits. Cette découverte a permis des avancées majeures dans la lutte contre la maladie.
La découverte du bacille de la peste par Yersin en 1894 a marqué un tournant dans l’histoire de la médecine. Elle a permis de comprendre les mécanismes de transmission de la maladie et d’envisager des traitements plus efficaces. Yersin a également laissé un héritage en tant qu’explorateur, ayant cartographié des régions inconnues et documenté des cultures locales. Son travail en Indochine a contribué à la connaissance géographique et ethnographique de la région. Aujourd’hui, le bacille porte son nom, *Yersinia pestis*, en hommage à ses contributions. Son parcours illustre l’importance de la curiosité scientifique et de l’adaptabilité dans la recherche.

