Sommet de l'investissement : une « vente aux enchères », dénoncent les opposants
Les investisseurs seraient intéressés par l'achat des infrastructures publiques du pays, selon les opposants..
Le premier ministre canadien Mark Carney organise un sommet de l'investissement les 14 et 15 septembre 2026 à Toronto, réunissant des dirigeants de grands groupes financiers mondiaux comme Blackstone, BlackRock et Barclays. L'événement, qualifié de huis clos (c'est-à-dire fermé au public), vise à attirer des investisseurs étrangers pour financer des projets au Canada. Cependant, des regroupements citoyens, comme le Conseil des Canadiens, dénoncent cette initiative en la comparant à une « vente aux enchères » où des infrastructures publiques canadiennes seraient privatisées. Selon eux, cette privatisation pourrait entraîner une hausse des coûts pour les citoyens, comme l'illustre l'exemple de l'autoroute 407, où l'introduction de péages a augmenté les dépenses des usagers.
Les opposants, dont le Conseil des Canadiens et l'organisation World BEYOND War, critiquent le sommet pour plusieurs raisons. D'abord, ils estiment que la vente d'infrastructures publiques comme les systèmes de traitement de l'eau, les aéroports, les autoroutes et les ports irait à l'encontre de la promesse électorale de Mark Carney, selon laquelle le Canada ne serait « jamais à vendre ». Ensuite, ils craignent que les fonds obtenus ne servent à financer des mégaprojets (centres de données, usines d'armement, pipelines, mines géantes) au détriment de l'environnement et des communautés autochtones. Par exemple, le groupe World BEYOND War souligne que ces projets pourraient générer des profits pour des compagnies pétrolières et des investisseurs étrangers, plutôt que de servir l'intérêt public.
Le professeur associé en économie Jean-Thomas Bernard de l'Université d'Ottawa questionne la rentabilité des projets présentés lors du sommet, alors que le gouvernement canadien fait face à des déficits budgétaires importants. Il explique que certains projets, comme les mines de métaux rares, voient leurs prix fluctuer constamment sur les marchés internationaux, ce qui rend leur rentabilité incertaine. Il cite l'exemple du projet Muskrat Falls à Terre-Neuve-et-Labrador, où le gouvernement a dû débourser des sommes colossales, entraînant une crise économique. De plus, le processus réglementaire canadien, souvent long, peut décourager les investisseurs et augmenter les coûts pour les entreprises, réduisant ainsi leurs profits potentiels.
Malgré les critiques, le sommet de l'investissement pourrait offrir des avantages pour le Canada. Selon Jean-Thomas Bernard, l'événement permettrait de redorer l'image du pays auprès des investisseurs étrangers en montrant que le processus d'approbation des projets s'est accéléré. Cela enverrait un signal fort aux entreprises, indiquant que le gouvernement est désormais plus enclin à les soutenir dans leurs démarches. Par exemple, le sommet pourrait faciliter l'approbation de projets comme un nouveau pipeline vers la côte ouest, bien que, selon l'expert, aucune entreprise privée ne se soit encore manifestée pour ce projet. L'objectif serait donc de rassurer les investisseurs sur la rapidité et la prévisibilité des procédures canadiennes.
Les opposants, comme **Nikolas Barry-Shaw** du Conseil des Canadiens, réclament que le gouvernement privilégie des investissements dans des secteurs comme la **santé**, l'**éducation** ou la **transition verte**, plutôt que dans des projets portés par des compagnies étrangères. Ils dénoncent un manque de transparence, soulignant que les décisions seraient prises lors de sommets fermés aux citoyens. Environ **400 à 500 personnes** ont participé à un contre-sommet organisé par le Conseil des Canadiens à l'Université de l’EADO pour protester contre l'événement. Les manifestants ont également exprimé leur inquiétude quant au fait que **« notre avenir ne devrait pas être décidé par les riches de ce monde »**, selon le groupe **Le capitalisme n'est pas réformable**.

