NapseflowNapseflow
Culture

Pourquoi la question palestinienne résonne-t-elle si fortement en Irlande ?

France Culture - Savoirs · mis à jour 25 sept.

En Irlande, la question palestinienne occupe une place particulière. Pour comprendre cette solidarité de Dublin envers Gaza, il faut remonter dans l’histoire de l’île d’Erin, à l’époque où celle-ci fut colonisée par la Couronne anglaise..

Colonialisme irlandais

L’Irlande est souvent considérée comme la première colonie de l’Empire britannique, avec une colonisation progressive à partir du XIIe siècle et une domination renforcée sous les Tudor (XVe–XVIe siècles). Ce processus s’est traduit par une partition administrative de l’île en comtés, inspirée du modèle britannique, et par l’installation de colons britanniques (Plantations) pour contrôler les terres agricoles. Selon l’historienne Élodie Peyrol-Kleiber, l’Irlande a servi de laboratoire pour les stratégies coloniales anglaises, qui furent ensuite exportées vers d’autres régions comme l’Amérique du Nord ou les Antilles. Cette période a profondément marqué la mémoire collective irlandaise, notamment en raison des méthodes de domination et de l’exploitation des ressources locales.

Grande famine irlandaise

Entre 1845 et 1851, l’Irlande a subi une famine dévastatrice causée par le mildiou, un parasite ravageant les champs de pommes de terre, aliment de base de la population. Sur les 8 millions d’habitants, 1 million sont morts de faim et 1 autre a dû émigrer. Les nationalistes irlandais accusent les autorités britanniques d’avoir aggravé la crise par leur inaction et des décisions politiques controversées, comme l’exportation de denrées alimentaires malgré la pénurie. L’historien Fabrice Bensimon souligne que cette famine a été la première médiatisée à l’échelle internationale, rendant le gouvernement britannique responsable de sa gestion. Cet événement reste un symbole de la souffrance liée au colonialisme pour les Irlandais.

Discrimination diaspora irlandaise

Au XIXe et XXe siècles, les Irlandais émigrés au Royaume-Uni et aux États-Unis ont subi des discriminations systémiques. Une phrase emblématique, « No Irish need apply » (« Les Irlandais ne sont pas acceptés »), était affichée dans les commerces et bars, illustrant le rejet dont ils faisaient l’objet. Cette xénophobie a poussé beaucoup d’Irlandais à cacher leur identité, y compris leur langue (gaélique), pour éviter les persécutions. Ces expériences ont renforcé un sentiment de solidarité avec d’autres peuples opprimés, comme les Palestiniens, perçus comme victimes de mécanismes similaires de domination et de marginalisation.

Soutien politique irlandais

Depuis son indépendance en 1921, l’Irlande a développé une politique étrangère marquée par la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. Dès son entrée à l’ONU en 1955, elle a soutenu les droits des réfugiés palestiniens. En 1967, après la guerre des Six Jours, Dublin a condamné l’occupation des territoires arabes. En 1980, l’Irlande est devenue le premier pays de la Communauté économique européenne à reconnaître officiellement le droit du peuple palestinien à l’autodétermination et à la création d’un État indépendant. Ces prises de position reflètent une continuité historique dans la défense des causes anti-coloniales.

Parallèles historiques perçus

Pour de nombreux Irlandais, le destin des Palestiniens (Palaistínigh en gaélique) évoque leur propre histoire coloniale. En 2024, l’ancien Premier ministre irlandais Leo Varadkar a déclaré : « Nous voyons notre histoire dans leurs yeux », soulignant les similitudes entre l’expérience irlandaise et palestinienne. Ces parallèles sont renforcés par des événements comme la riposte israélienne aux attaques du 7 octobre 2023, qui a provoqué une mobilisation massive de la société civile irlandaise. Des manifestations, des appels au boycott et des concerts de soutien ont été organisés, avec pour slogan « Saoirse don Phalaistín » (« Liberté pour la Palestine » en gaélique).

Ce que ça pourrait changer

La solidarité avec la Palestine s’exprime aussi à travers la culture irlandaise. Des artistes comme le groupe de folk *Beoga*, la chanteuse Sinéad O’Connor, l’écrivaine Sally Rooney, le groupe de rap *Kneecap* ou le groupe *Fontaines D.C.* ont pris position publiquement en faveur de la cause palestinienne. En 2026, le groupe *Beoga* a annoncé son retrait d’une tournée avec Ed Sheeran pour protester contre les positions pro-israéliennes de ce dernier, rejoignant ainsi le rappeur américain *Macklemore*, exclu des premières parties de concerts pour ses déclarations pro-palestiniennes. Ces engagements artistiques reflètent une sensibilité particulière de la société irlandaise à la question palestinienne.

Sujets complémentaires

Ce contenu a été généré par intelligence artificielle à partir de l'article source. Il peut contenir des erreurs ou imprécisions.