Envie de dormir : troubles dans le sommeil : Insomnie, tout s’oppose à ma nuit
Philosophie de l'insomnie aujourd'hui, car compter les moutons, trouver la position idéale ou le bon oreiller n'est pas une question individuelle. C'est un acte politique.
L'article aborde l'insomnie non pas comme un simple trouble du sommeil, mais comme un phénomène chargé de sens politique et philosophique. Selon Claire Pagès, professeure de philosophie à l'Université Paris Nanterre et autrice de Dormir: essai de philosophie sociale (éditions Vrin, 2026), dormir ne se réduit pas à un acte individuel ou biologique. Elle suggère que les difficultés à trouver le sommeil pourraient être interprétées comme une forme de résistance face à un monde qui valorise la productivité et l'éveil permanent. Cette idée s'inscrit dans une réflexion plus large sur la place du sommeil dans nos sociétés modernes, où le temps de repos est souvent perçu comme une perte de temps plutôt qu'un besoin essentiel.
L'émission explore l'idée que dormir pourrait devenir un acte de résistance dans un contexte où les rythmes sociaux, économiques et technologiques poussent à l'hyperactivité. Claire Pagès souligne que les troubles du sommeil ne sont pas uniquement liés à des facteurs individuels comme le stress ou les écrans, mais aussi à des normes sociales qui valorisent la performance et la disponibilité permanente. Par exemple, des études citées dans l'article montrent que les travailleurs en horaires décalés ou sous pression constante développent plus fréquemment des insomnies. Cette approche remet en question l'idée que le sommeil est une affaire privée, en le replaçant dans un cadre collectif et politique.
L'article s'appuie sur des références historiques pour illustrer l'évolution de la perception du sommeil. Il mentionne notamment La Civilisation des mœurs de Norbert Elias (1939), qui analyse comment les normes sociales ont progressivement encadré les pratiques du sommeil, ou encore Le Monde sans sommeil de Stefan Zweig (1914), qui décrit les conséquences de l'insomnie sur l'individu. Ces textes montrent que la difficulté à dormir n'est pas un phénomène récent, mais qu'elle s'inscrit dans une histoire plus longue, marquée par des changements culturels et sociaux. Par exemple, Elias explique comment l'industrialisation a imposé des rythmes de vie incompatibles avec les besoins naturels du corps.
L'insomnie a des répercussions bien au-delà de la nuit blanche. Claire Pagès évoque des études qui lient les troubles du sommeil à des problèmes de santé mentale, comme l'anxiété ou la dépression, ainsi qu'à des risques accrus de maladies cardiovasculaires ou métaboliques. L'article cite également un documentaire diffusé sur France Culture en 2019, Le rêve, une réalité, qui montre comment des conditions de travail stressantes ou des horaires décalés peuvent transformer le sommeil en un véritable cauchemar. Ces exemples illustrent que l'insomnie n'est pas seulement une gêne passagère, mais un enjeu de santé publique.
L'émission propose une vision originale de l'insomnie en la présentant comme une forme de résistance passive. Claire Pagès suggère que refuser de dormir, ou au contraire, choisir de dormir malgré les contraintes sociales, peut être un acte de rébellion contre un système qui exige une disponibilité permanente. Cette idée s'appuie sur des réflexions philosophiques, comme celles de Maurice Blanchot dans L'Espace littéraire (1955), qui voit dans le sommeil une échappatoire à la tyrannie de l'éveil. L'article souligne ainsi que la lutte contre l'insomnie pourrait aussi être une lutte pour la préservation de soi dans un monde hyperconnecté.
Face à l'insomnie, les solutions proposées sont souvent individuelles : compter les moutons, trouver la position idéale, ou utiliser des oreillers ergonomiques. Pourtant, l'article rappelle que ces astuces ne suffisent pas à résoudre un problème qui dépasse le cadre personnel. Claire Pagès insiste sur la nécessité de repenser les rythmes sociaux et les attentes professionnelles pour permettre à chacun de dormir suffisamment. Elle cite des exemples de pays où des politiques publiques, comme la réduction du temps de travail ou la promotion du télétravail, ont amélioré la qualité du sommeil de la population. Cependant, ces mesures restent rares et souvent limitées par des contraintes économiques.

