Un manuscrit signé par Louis XIV a été trouvé dans un garage de Saint-Lambert
Le parchemin rédigé sous les dorures du château de Versailles a survécu au bombardement de Québec de 1690..
Un document historique signé par Louis XIV, roi de France de 1643 à 1715, et son ministre de la Marine, Colbert, a été retrouvé dans un garage à Saint-Lambert, sur la Rive-Sud de Montréal. Ce parchemin, daté du 24 mai 1689, confirme la concession de la seigneurie de Rimouski à Augustin Rouer, un jeune homme de 22 ans. Le territoire accordé couvrait 100 kilomètres carrés, incluant l’île Saint-Barnabé. Ce type de document est extrêmement rare : on en compte moins d’une dizaine dans les collections de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Le manuscrit, malgré son âge de 337 ans, est en excellent état, bien qu’il ait traversé l’Atlantique et survécu au bombardement de Québec par les Anglais en 1690. Il ne porte pas de sceau royal, mais contient les signatures originales du roi et de son ministre.
Le brevet de 1689 s’inscrit dans le cadre du régime seigneurial français en Nouvelle-France, un système où le roi accordait des terres à des seigneurs en échange de services ou de revenus. Augustin Rouer, natif de Québec, n’a jamais vraiment exploité sa seigneurie de Rimouski, située à plus de 500 kilomètres de Québec. Dès 1694, il échange ce territoire contre une petite parcelle à l’île d’Orléans, plus accessible. Rimouski devient plus tard un domaine foncier important pour la famille Drapeau, des seigneuresses influentes au XIXe siècle. En 1847, l’avocat Ulric-Joseph Tessier hérite de ces terres après avoir épousé une Drapeau. Le régime seigneurial est aboli en 1854, mais certains paysans continuent de payer des rentes aux anciens seigneurs ou à leurs héritiers jusqu’en 1935.
Le manuscrit a été découvert dans une boîte en carton parmi d’autres documents du XIXe siècle, dans le garage d’une maison unifamiliale de Saint-Lambert. Il appartenait à un passionné d’histoire et de ventes de garage, décédé en 2018. Sa fille, ayant fait du ménage pendant la pandémie, a eu la présence d’esprit de confier ces archives à la BAnQ. Ce geste évite que le document ne soit jeté, comme cela arrive souvent : selon l’archiviste Guillaume Marsan, de nombreux documents historiques finissent dans des bennes à ordures. La BAnQ a obtenu le brevet grâce à cette donation, qui inclut aussi d’autres pièces comme une esquisse de 1880 confirmant des droits de pêche ou une brochure de 1893 listant les livres d’une bibliothèque personnelle.
La découverte de ce manuscrit est d’autant plus précieuse que les archives seigneuriales sont souvent dispersées ou détruites après l’abolition du régime en 1854. Les héritiers des seigneurs conservaient ces documents pour justifier le paiement des rentes, mais une fois ces dernières transformées en taxes municipales en 1935, beaucoup de papiers ont été jetés ou vendus. Les deux boîtes trouvées à Saint-Lambert contiennent des pièces variées, dont certaines ont une valeur historique ou financière. Cependant, toutes ne seront pas conservées : les copies d’actes juridiques, par exemple, sont détruites une fois l’original archivé. Les archivistes privilégient les documents originaux ou ceux présentant un intérêt particulier, comme des signatures ou des annotations uniques.
Les archivistes de la BAnQ, comme Guillaume Marsan et Rénald Lessard, jouent un rôle clé dans la préservation du patrimoine documentaire. Leur travail consiste à évaluer la valeur historique, juridique ou financière des documents avant de décider de leur conservation ou de leur destruction. Dans le cas des boîtes de Saint-Lambert, ils ont identifié des pièces rares, comme l’esquisse de 1880 ou la brochure de 1893, qui illustrent l’histoire locale et l’évolution des droits fonciers. Ces documents permettent de mieux comprendre le passé, mais leur préservation dépend aussi de leur état et de leur rareté. Les archivistes soulignent que chaque cas est unique et nécessite une expertise pour éviter la perte d’informations précieuses.

