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Culture

Banquets méditerranéens : les archéologues passent à table

France Culture - Savoirs · mis à jour 4 sept.

L’archéologie tente depuis quelques années de redonner leurs saveurs et leurs significations aux banquets antiques. Une exposition consacrée à ce sujet au musée Henri Prades de Lattes vous invite à la table des Grecs, des Étrusques et des Gaulois.

Banquets antiques revisités

L’archéologie moderne s’intéresse désormais aux banquets méditerranéens de l’Antiquité, non seulement pour reconstituer les menus, mais aussi pour comprendre leur signification sociale. Une exposition au musée Henri Prades de Lattes, intitulée « Banquets méditerranéens, entre Grecs, Étrusques et Gaulois », explore ces pratiques à travers trois civilisations voisines mais distinctes. Les chercheurs analysent les objets, les résidus alimentaires et les contextes archéologiques pour décrypter des rituels où manger et boire ensemble servaient de langage codifié. Ces banquets n’étaient pas de simples repas, mais des moments clés pour affirmer des statuts, célébrer des alliances ou honorer les dieux et les morts.

Le modèle grec et ses limites

Le symposion grec, célèbre banquet où l’on buvait du vin coupé d’eau tout en discutant, est souvent considéré comme le modèle universel de ces pratiques. Pourtant, les archéologues soulignent que ce modèle a été adapté, détourné ou hybridé selon les cultures. En Étrurie ou en Gaule, les objets grecs importés, comme les coupes à figures noires, étaient réinterprétés localement. Par exemple, une même coupe attique pouvait servir à des rites différents selon qu’elle était utilisée par un Grec, un Étrusque ou un Gaulois. Cette diversité montre que les banquets étaient des marqueurs culturels bien plus que des copies de pratiques méditerranéennes.

L’archéologie de l’invisible

Retrouver ce que contenaient les vases il y a 2 500 ans relève de l’enquête scientifique. Les archéologues utilisent des techniques comme la chimie organique, la palynologie (étude des pollens) ou l’analyse des résidus pour identifier les traces de nourriture et de boissons disparues. Ces méthodes révèlent des mélanges inattendus, comme des vins résinés ou des chaudrons poissés, ainsi que des pratiques d’ivresse très différentes des nôtres. Un programme de recherche, GEPRiCo, mené jusqu’en 2028, pousse ces investigations plus loin, en croisant les données archéologiques et chimiques pour reconstituer les saveurs et les odeurs de l’Antiquité.

Banquets des vivants, des morts et des dieux

Les banquets ne se limitaient pas aux vivants. Dans les tombes, comme celle de la nécropole de Monterozzi (Ve siècle av. J.-C.), les archéologues ont découvert des scènes de repas avec les défunts, suggérant que l’on continuait à partager nourriture et boissons avec eux jusqu’à leur voyage vers l’au-delà. Dans les sanctuaires, les offrandes aux dieux incluaient aussi des parts de viande sacrificielle, partagées en rituel. Ces pratiques soulèvent encore des questions, notamment sur le rôle des femmes dans ces banquets, souvent difficile à cerner avec les seules preuves matérielles disponibles.

Ce que ça pourrait changer

L’exposition de Lattes et le programme *GEPRiCo* (Grecs, Étrusques, Romains et Celtes : Pratiques alimentaires et commensalité) sont portés par des chercheurs comme Dominique Frère, professeur d’archéologie à l’Université Bretagne Sud, et Diane Dusseaux, directrice du site archéologique de Lattara. Leur travail illustre comment l’archéologie contemporaine combine méthodes traditionnelles et technologies modernes pour redonner vie à des pratiques oubliées. L’objectif est de montrer que ces banquets, bien plus que des repas, étaient des outils de cohésion sociale, de pouvoir et de spiritualité dans les sociétés antiques.

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