Transmettre le goût d’une nation, ça commence à l’école
Comment peut-on demander à nos jeunes d’aimer leur culture sans leur donner les moyens de la connaître?.
L’auteur s’adresse directement au Premier ministre St-Pierre Plamondon pour souligner l’importance du choix du ministre de l’Éducation, un poste qui a connu plus de trente titulaires en soixante ans sans parvenir à résoudre les problèmes du système scolaire québécois. Selon lui, la survie de la nation québécoise passe par l’amour et la découverte de sa propre culture chez les enfants, avant même d’ouvrir les fenêtres sur le monde. Pour transmettre ce sentiment d’appartenance, il est essentiel de faire connaître la culture québécoise, sa littérature, ses artistes et son histoire dès l’école. L’auteur cite l’exemple d’une activité en classe où aucun élève ne connaissait Daniel Bélanger, un artiste québécois, illustrant ainsi le manque d’accès à la culture nationale. Le Québec figure parmi les marchés où les artistes locaux sont les moins écoutés, avec une part de marché comprise entre 6% et 12%.
L’auteur dénonce l’absence criante de culture dans les écoles québécoises, où les bibliothèques sont souvent dépourvues de bibliothécaires et où les livres sont rares, voire inexistants. Dans certaines écoles, ce sont les parents bénévoles qui organisent des collectes de fonds pour acheter des livres, une situation qui exclut les enfants dont les familles n’ont pas les moyens ou le temps de s’impliquer. L’État devrait garantir à chaque école une bibliothèque minimale, avec un accès égal aux livres pour tous les enfants, indépendamment de leur milieu socio-économique. Cette inégalité dans l’accès à la lecture et à la culture limite les chances des élèves de découvrir et d’apprécier leur patrimoine culturel.
L’auteur alerte sur la fragilité de la langue française au Québec, menacée par l’influence dominante de la culture américaine et anglophone, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur des écoles. Il souligne que la langue française mérite plus d’attention et d’amour pour assurer sa pérennité. La lecture est présentée comme un pilier essentiel de la culture québécoise, car elle permet non seulement de réussir des examens, mais aussi de comprendre des textes complexes, de décrypter des contrats, des articles ou des poèmes, et surtout d’apprendre à penser de manière critique. Bien lire, c’est donc un outil fondamental pour la survie et l’évolution d’un peuple.
L’auteur insiste sur le rôle central de l’école dans la définition de l’avenir du Québec. Il critique l’idée que l’éducation serait uniquement une dépense à gérer ou un ministère à administrer, soulignant qu’elle est en réalité le lieu où se décide chaque jour ce que la nation souhaite devenir. Les défis du système scolaire sont multiples : inégalités entre écoles, pénurie de personnel, conditions matérielles vétustes, et composition des classes. L’objectif commun est que le Québec résiste et que les générations futures continuent de parler français dans 100 ou 150 ans. Pour y parvenir, il faut renforcer la transmission de la culture et de l’identité québécoise, qui évoluent avec le temps mais doivent rester vivantes.
L’auteur explique que la transmission d’une culture et d’une langue repose sur leur apprivoisement précoce, dès la petite enfance et tout au long de la scolarité. C’est dans les classes que se forgent les premiers liens avec les mots, les histoires, les chansons, les livres et l’histoire du Québec. Ces liens permettent aux élèves de mieux comprendre le passé pour préparer l’avenir. L’auteur propose au Premier ministre de venir visiter une classe pour découvrir la réalité du terrain, une offre qui contraste avec les rapports policés ou les statistiques souvent éloignés de la réalité scolaire. Il suggère également d’agir rapidement, avant que l’intelligence artificielle ne prenne une place excessive dans la transmission de l’intelligence collective.

