Protéines, lactosérum
Les réseaux sociaux accélèrent l’apparition des modes alimentaires. Difficiles à anticiper pour les agriculteurs et les industriels, les lubies des consommateurs pèsent sur les chaînes d’approvisionnement, constate “The Economist”..
Les réseaux sociaux transforment radicalement les habitudes alimentaires en accélérant l’émergence et la propagation des tendances. Par exemple, des produits comme le lactosérum (un sous-produit de la fabrication du fromage, riche en protéines, souvent utilisé en nutrition sportive) ou le matcha (une poudre de thé vert japonais aux propriétés antioxydantes) deviennent soudainement très populaires grâce à des recommandations d’influenceurs ou à des vidéos virales. Cette vitesse de diffusion est inédite : les agriculteurs et les industriels peinent à anticiper ces engouements soudains, ce qui perturbe les chaînes d’approvisionnement. Autre exemple historique cité dans l’article, au XIXe siècle en Angleterre, les ananas étaient si prisés lors des réceptions qu’on pouvait en louer pour les exposer, illustrant que ce phénomène n’est pas nouveau mais amplifié par le numérique.
Le lactosérum (ou whey en anglais), traditionnellement utilisé pour nourrir les cochons, est aujourd’hui massivement demandé par les humains en raison de la mode des régimes riches en protéines, notamment pour la musculation. Cette demande a explosé, portée par des influenceurs sur des plateformes comme TikTok qui recommandent des aliments comme le cottage cheese (un fromage frais riche en protéines). Cependant, les fromageries n’ont pas augmenté leur production en conséquence. Résultat : le prix du concentré de protéines de lactosérum a été multiplié par cinq en trois ans, selon le cabinet Vesper. Les éleveurs de porcs, autrefois principaux consommateurs de ce sous-produit, n’ont plus les moyens de se le procurer, créant une pénurie pour tous les secteurs.
Le matcha, une poudre de thé vert japonais utilisée dans les boissons et les desserts, est devenu un produit très prisé, notamment pour ses vertus supposées santé et son esthétique. Les producteurs japonais de feuilles de tencha (la variété de thé utilisée pour le matcha) sont aujourd’hui sous forte pression pour répondre à la demande. Cette situation illustre comment une tendance alimentaire, amplifiée par les réseaux sociaux, peut rapidement déséquilibrer un marché traditionnel. Les industriels de l’agroalimentaire doivent désormais surveiller ces engouements pour ajuster leur production, mais la réactivité reste un défi face à l’évolution rapide des modes de consommation.
Pour les grands groupes agroalimentaires, l’enjeu est double : anticiper les tendances avant qu’elles ne deviennent massives et adapter leurs chaînes d’approvisionnement en temps réel. Les industriels doivent désormais investir dans des outils de veille pour détecter les signaux faibles sur les réseaux sociaux et ajuster leur production en conséquence. Cependant, cette réactivité est coûteuse et complexe, car elle implique de modifier des infrastructures souvent rigides, conçues pour des cycles de production longs. L’article souligne que cette course aux tendances transforme profondément les stratégies des entreprises, qui passent d’une logique de production stable à une logique d’adaptation permanente.
L’article est une traduction d’un texte publié par *The Economist*, un hebdomadaire britannique fondé en 1843, spécialisé dans l’actualité internationale et l’analyse économique. Ce média, connu pour son libéralisme économique, défend des positions comme le libre-échange et la mondialisation. Il ne signe pas ses articles, privilégiant une voix collective plutôt que des signatures individuelles. *The Economist* est détenu à 43,4 % par la famille Agnelli (Italie) et à 56,6 % par d’autres investisseurs, dont des familles britanniques influentes. Le journal est imprimé dans six pays et 85 % de ses ventes se font hors du Royaume-Uni.

