Les entreprises qui veulent revenir sur le télétravail jouent-elles contre leur camp ?
L’ESSENTIEL Ubisoft, Deloitte et d’autres ont annoncé ces derniers mois vouloir revenir sur le télétravail tel qu’il était pratiqué jusque-là. Simultanément, il est mobilisé comme solution en cas de fortes chaleurs ou de menaces sur la sécurité.
En 2025, plusieurs entreprises comme Ubisoft, Deloitte ou Airbus ont annoncé vouloir réduire ou supprimer le télétravail, marquant un tournant dans son histoire. Cette tendance a été rapidement éclipsée par des événements climatiques ou sécuritaires, comme les canicules ou les intempéries, où le télétravail a été présenté comme une solution pour protéger les salariés. Par exemple, en juin 2025, les autorités franciliennes ont recommandé le télétravail pour limiter les déplacements non essentiels lors des vagues de chaleur. Le télétravail est ainsi devenu une modalité flexible, tantôt imposée par les circonstances, tantôt contestée par les employeurs. Les entreprises américaines comme Deloitte ont même conditionné les bonus à la présence physique au bureau, tandis qu’en France, des grèves ont éclaté chez Ubisoft ou la Société générale pour protester contre la réduction du télétravail.
Les salariés réagissent vivement aux tentatives de réduction du télétravail. Selon une étude de l’Association pour l’emploi des cadres (Apec) en 2025, 74 % des cadres seraient mécontents si leur employeur réduisait le nombre de jours de télétravail, et 80 % en cas de suppression totale. Près de la moitié des cadres envisageraient même de changer d’entreprise dans ce cas. Ces chiffres sont confirmés par une étude de l’Observatoire UGICT-CGT en 2025, où un répondant sur deux déclare être prêt à démissionner si le télétravail était supprimé. Ces réactions montrent que le télétravail est désormais perçu comme un avantage majeur, au même titre que les rémunérations financières ou en nature. Les entreprises qui tentent de revenir en arrière risquent donc de subir une vague de mécontentements, voire des démissions.
Le télétravail est désormais considéré comme une forme de rétribution, c’est-à-dire une contrepartie non financière du travail, au même titre que les avantages en nature ou les gratifications symboliques. Selon la théorie de l’équité d’Adams (1963), les salariés évaluent en permanence l’équilibre entre leurs efforts et les récompenses qu’ils reçoivent, y compris celles de leurs collègues. Le télétravail, en offrant flexibilité et autonomie, est intégré dans ce package global de rétribution. Par exemple, une étude citée dans l’article montre que les salariés perçoivent le télétravail comme une récompense, au même niveau que d’autres avantages. Les entreprises qui ne l’intègrent pas dans leur politique de rétribution risquent donc de perdre en attractivité.
Les entreprises qui veulent réduire le télétravail rencontrent des défis majeurs, notamment en termes de flexibilité, de fidélisation des talents et de motivation des équipes. Certaines directions craignent une baisse de productivité ou une fragmentation des équipes, mais les études récentes, comme celles de l’Insee en 2025, réfutent ces craintes. Pour intégrer le télétravail comme un élément de rétribution, les entreprises doivent revoir leurs pratiques. Par exemple, elles peuvent communiquer clairement sur l’accès au télétravail dès l’offre d’emploi, l’intégrer comme un avantage en nature avec des aides complémentaires (équipement ergonomique, abonnements coworking), ou proposer des alternatives pour les postes incompatibles avec le télétravail (semaine de 4 jours, horaires décalés).
Malgré les annonces médiatiques de retour au bureau, le télétravail est devenu une pratique irréversible, comme le confirment les travaux académiques et les études récentes. Les entreprises qui tentent de revenir en arrière, comme Airbus en 2026, font face à des protestations massives et doivent souvent faire marche arrière. Par exemple, Airbus a dû renoncer à imposer quatre jours de présence sur site après une forte opposition des salariés. Le télétravail s’est imposé comme un outil d’attractivité, de fidélisation et de rétribution, et les entreprises doivent désormais l’intégrer dans leur stratégie globale pour rester compétitives sur le marché du travail.

