Ce faux décret était la plus grande "fake news" du Moyen Âge : les papes l'ont utilisé pour asseoir leur pouvoir en Europe
Au Moyen Âge, un faux décret de l'empereur Constantin a permis aux papes de revendiquer Rome et l'Occident. L'historienne Vanessa Corcoran retrace comment cette falsification a été démasquée..
Au Moyen Âge, un document appelé Donatio Constantini (ou Donation de Constantin en latin) a circulé en Europe. Ce texte, présenté comme un décret de l’empereur romain Constantin Ier (qui régna de 306 à 337), affirmait que l’empereur aurait cédé son pouvoir sur l’Occident au pape Sylvestre Ier et à ses successeurs. Ce faux, rédigé probablement au VIIIe ou IXe siècle, a été utilisé pendant des siècles par les papes pour justifier leur autorité temporelle sur les rois et empereurs européens. Il a joué un rôle clé dans les conflits entre le pouvoir spirituel (l’Église) et le pouvoir temporel (les monarchies).
Le Donatio Constantini a été démasqué comme un faux au XVe siècle par l’humaniste italien Lorenzo Valla. Ce dernier, en analysant le texte, a démontré qu’il contenait des anachronismes flagrants, comme des termes ou des tournures de phrase inconnus au IVe siècle. Par exemple, le mot fief (utilisé dans le texte) n’existait pas à l’époque de Constantin, et certaines expressions juridiques étaient typiques du Moyen Âge central (vers l’an 1000). Cette révélation a marqué un tournant dans l’histoire de la critique textuelle et a affaibli la crédibilité du document, bien qu’il ait continué à être invoqué pendant plusieurs siècles.
Malgré sa nature frauduleuse, le Donatio Constantini a servi de fondement juridique aux papes pour affirmer leur supériorité sur les souverains européens. Par exemple, au XIe siècle, le pape Grégoire VII s’en est servi pour justifier la réforme de l’Église et la lutte contre l’influence des empereurs germaniques, comme Henri IV, dans les affaires religieuses. Ce texte a aussi été cité lors du couronnement de Charlemagne en 800 pour légitimer le rôle du pape dans la création du Saint-Empire romain germanique. Ainsi, ce faux a permis à l’Église de renforcer son emprise politique en Europe pendant près de 700 ans.
L’influence du Donatio Constantini s’étend bien au-delà du Moyen Âge. Même après sa déconstruction par Lorenzo Valla, certains souverains et juristes ont continué à s’en réclamer pour défendre leurs droits. Par exemple, au XVIIe siècle, des théologiens jésuites ont tenté de réhabiliter partiellement le texte en le présentant comme une interprétation symbolique plutôt que littérale. Aujourd’hui, ce faux reste un cas d’école en histoire médiévale et en critique des sources, illustrant comment un document fabriqué peut façonner le cours de l’histoire pendant des siècles.
Le *Donatio Constantini* est souvent comparé à une *fake news* médiévale, car il a été utilisé pour manipuler l’opinion publique et justifier des revendications politiques. Contrairement aux fausses informations modernes, diffusées rapidement via les réseaux sociaux, ce faux a mis des siècles à être démasqué. Il montre comment un document fabriqué peut influencer les rapports de force entre institutions, même sans preuve tangible. Cette histoire rappelle que les fake news ne sont pas un phénomène nouveau et que leur impact peut persister bien au-delà de leur découverte.

