Il suffirait de réduire l'accès aux aliments ultra-transformés pour sauver des milliers de vies
Une étude de modélisation canadienne estime que les aliments ultra-transformés contribueraient à plus d'un tiers des décès cardiovasculaires. Réduire leur consommation de moitié éviterait jusqu'à 8 300 morts par an..
Les aliments ultra-transformés désignent des produits industriels dont la composition a été profondément modifiée par des procédés chimiques ou physiques, souvent pour en améliorer la conservation, le goût ou la texture. Ces aliments contiennent généralement des additifs (comme des émulsifiants, des colorants ou des conservateurs), des sucres ajoutés, des graisses raffinées et du sel en excès. Ils se distinguent des aliments peu ou non transformés, comme les fruits frais, les légumes ou les céréales complètes, par leur degré de transformation élevé. Selon l’étude citée, leur consommation excessive est associée à un risque accru de maladies chroniques, notamment les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers. En France, ces produits représentent aujourd’hui près de 30 % de l’apport énergétique total des adultes.
Réduire l’accès aux aliments ultra-transformés pourrait sauver des milliers de vies chaque année en France, selon les chercheurs. Une étude récente estime que leur consommation excessive est responsable d’environ 10 % des décès prématurés liés aux maladies non transmissibles dans le pays. Les maladies cardiovasculaires, le diabète de type 2 et certains cancers (comme le cancer du sein ou du côlon) sont particulièrement concernés. Ces aliments favorisent également l’obésité, car ils sont souvent très caloriques mais pauvres en nutriments essentiels. Les chercheurs soulignent que leur impact est comparable à celui du tabac ou de l’alcool en termes de risque pour la santé publique. En limitant leur accès, notamment dans les environnements où ils sont facilement disponibles (supermarchés, distributeurs automatiques, cantines), on pourrait réduire significativement ces risques.
Pour limiter la consommation d’aliments ultra-transformés, les experts proposent plusieurs mesures concrètes. Parmi elles, l’interdiction de leur vente dans les établissements publics comme les hôpitaux, les écoles ou les prisons, où leur accessibilité est particulièrement problématique. Une autre piste serait de renforcer les taxes sur ces produits, comme cela a été fait pour les boissons sucrées dans certains pays. Les chercheurs insistent aussi sur la nécessité d’éduquer le public, notamment les jeunes, sur les dangers de ces aliments et sur l’importance de privilégier une alimentation variée et naturelle. Enfin, ils recommandent de rendre les alternatives saines (fruits, légumes, céréales complètes) plus accessibles et abordables, notamment dans les déserts alimentaires où les options sont limitées.
Les pouvoirs publics ont un rôle clé à jouer pour réduire la consommation d’aliments ultra-transformés. En France, des mesures ont déjà été prises, comme l’affichage nutritionnel obligatoire sur les emballages ou la limitation des publicités pour ces produits ciblant les enfants. Cependant, les chercheurs estiment que ces actions restent insuffisantes face à l’ampleur du problème. Ils appellent à une politique plus ambitieuse, incluant des réglementations strictes sur la composition des aliments, des subventions pour les produits sains et des campagnes de sensibilisation massives. Certains pays, comme le Chili ou le Mexique, ont déjà mis en place des lois similaires avec des résultats encourageants, montrant que des changements sont possibles.
Malgré les preuves scientifiques, la réduction de l’accès aux aliments ultra-transformés se heurte à plusieurs obstacles. D’abord, leur omniprésence dans les supermarchés et leur marketing agressif rendent leur évitement difficile pour les consommateurs. Ensuite, ces produits sont souvent moins chers que les alternatives saines, ce qui les rend plus attractifs pour les ménages à faible revenu. Enfin, l’industrie agroalimentaire, qui tire des profits importants de ces produits, exerce une forte influence sur les décisions politiques. Pour surmonter ces freins, les chercheurs plaident pour une approche globale, combinant réglementation, éducation et incitations économiques, afin de rendre les choix sains plus faciles et plus accessibles pour tous.

