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Culture

Claire Mounier-Véhier, à l’écoute du cœur des femmes

France Culture - Savoirs · mis à jour 25 sept.

Une femme meurt d’une maladie cardiovasculaire toutes les 7 minutes. Pourtant, grâce à la prévention, il est possible de réduire cette mortalité.

Mortalité cardiaque féminine

En France, une femme meurt d’une maladie cardiovasculaire toutes les 7 minutes, ce qui représente un chiffre plus élevé que les décès par cancer du sein. Pourtant, 8 cas sur 10 de ces maladies sont évitables grâce à une prise en charge adaptée et une prévention efficace. Cette statistique alarmant a motivé la cardiologue Claire Mounier-Véhier à s’engager dans la sensibilisation et la prévention des maladies du cœur chez les femmes. Elle souligne que ces affections sont souvent sous-estimées dans cette population, alors qu’elles constituent la première cause de mortalité féminine en France. Les maladies cardiovasculaires incluent notamment les infarctus, les AVC (accidents vasculaires cérébraux) et les insuffisances cardiaques.

Parcours professionnel

Claire Mounier-Véhier est une cardiologue française née en 1960, spécialisée dans la santé des femmes. Elle exerce au CHU de Lille, où elle enseigne également à la faculté de médecine. Son parcours a été marqué par une rencontre déterminante en 1990, lors de sa première garde en cardiologie, avec une jeune patiente de 17 ans, Caroline, atteinte d’une maladie coronarienne et décédée malgré les efforts médicaux. Cet événement a profondément influencé sa carrière et l’a poussée à se spécialiser dans la prévention des maladies cardiovasculaires féminines. Elle a également travaillé en néphrologie, où elle a découvert l’impact des facteurs hormonaux sur la santé des femmes.

Cardio-gynécologie pionnière

En 2012, Claire Mounier-Véhier a créé au CHU de Lille un parcours dédié à la cardio-gynécologie, une approche innovante qui prend en compte les spécificités hormonales des femmes. Elle a identifié que des facteurs comme les règles avant 11 ans, l’endométriose, les grossesses, la ménopause ou la contraception influencent le vieillissement prématuré des artères. Ces éléments potentialisent les risques cardiovasculaires traditionnels, comme l’hypertension ou le cholestérol, chez les femmes par rapport aux hommes. Son objectif est de mieux comprendre et traiter ces interactions pour améliorer la prévention et les soins.

Fondation Agir pour le cœur

En 2020, Claire Mounier-Véhier a cofondé la fondation Agir pour le cœur des femmes avec le chef d’entreprise Thierry Drilhon. Cette organisation vise à sensibiliser et informer les femmes sur les risques cardiovasculaires, en proposant des outils adaptés comme des fiches pour préparer une consultation médicale. En 2021, la fondation a lancé un bus de dépistage cardio-gynécologique gratuit, qui sillonne la France pour offrir un examen complet en 2 heures. Ce dépistage est réalisé par un réseau de 6 300 professionnels de santé bénévoles, en collaboration avec l’assurance maladie. L’objectif est d’atteindre les femmes les moins informées ou éloignées des soins.

Écoute et prévention

Une enquête de la fondation révèle que 40 % des femmes estiment ne pas être écoutées lors de consultations pour des symptômes d’alerte cardiovasculaire, un chiffre qui grimpe à 60 % pour les moins de 35 ans. Claire Mounier-Véhier insiste sur l’importance d’écouter les femmes, notamment lorsqu’elles expriment de l’anxiété ou des symptômes inhabituels. Elle souligne que les femmes ont tendance à minimiser leur santé, comme elle l’a fait elle-même en ignorant pendant un an les symptômes de son hypertension, traitée par des anti-inflammatoires pour des maux de tête. La fondation propose des ressources pour aider les femmes à se faire entendre et à consulter un médecin.

Ce que ça pourrait changer

Claire Mounier-Véhier décrit sa passion pour le soin comme un *appel*, comparable à une vocation religieuse. Elle consacre une grande partie de son temps libre à conseiller des examens ou rédiger des ordonnances, malgré ses trois filles et son rôle de mère. Elle se définit comme une *passeuse de vie*, un don qu’elle attribue à son instinct et à son empathie. Elle raconte avoir apaisé des patients en phase terminale par des gestes simples, comme leur caresser la tête ou les embrasser, une pratique qu’elle a également utilisée avec sa mère, décédée d’un cancer trois ans plus tôt. Pour elle, le soin et le don à autrui sont des sources de sécurité et d’épanouissement.

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