Comment une agence immobilière du XIXᵉ siècle proposait des visites en 3D avant l’invention même de la photographie
La salle du Cosmorama de l’American Museum de P. T. Barnum, à New York.
En 1838, à Londres, l'agence immobilière Brooks & Green a introduit une solution innovante pour présenter des biens immobiliers sans photographie : le cosmorama. Ce dispositif permettait aux acheteurs potentiels de visualiser des propriétés à travers une grande lentille convexe, créant un effet 3D rudimentaire. Contrairement aux annonces écrites, cette méthode offrait une expérience immersive, préfigurant les visites virtuelles actuelles. Le cosmorama était une alternative pratique à l'époque, car la photographie commerciale n'existait pas encore. L'agence a exploité cette technologie pendant près de vingt ans, soit près d'un demi-siècle avant que la photographie ne soit utilisée dans les annonces immobilières.
Le cosmorama fonctionnait en agrandissant des peintures ou des gravures de propriétés à travers une lentille convexe. Un cadre noirci placé entre la lentille et l'image masquait les bords, renforçant l'illusion d'une scène réelle. Des jeux de lumière accentuaient la profondeur et l'immersion. Pour créer ces vues, un artiste devait se rendre sur place afin de réaliser des croquis détaillés des biens. Le résultat était une représentation en perspective aérienne, incluant le plan du site, l'élévation architecturale, les paysages environnants et les jardins. Cette méthode permettait aux acheteurs de découvrir une propriété sans se déplacer, ce qui était particulièrement utile pour les manoirs et domaines prestigieux.
Le service de cosmorama proposé par Brooks & Green était réservé à une clientèle aisée. Seuls les biens immobiliers de grande valeur, comme les manoirs, justifiaient une telle représentation. L'entrée de la galerie était en principe gratuite, mais l'accès nécessitait une carte d'admission, probablement réservée aux personnes disposant de moyens financiers suffisants. L'agence faisait la promotion de sa « galerie cosmoramique » dans la presse londonienne, affirmant présenter « plusieurs centaines de vues de différentes propriétés ». Cette exclusivité reflétait les inégalités sociales de l'ère victorienne, où les outils technologiques étaient souvent inaccessibles aux classes populaires.
Le cosmorama est apparu dans un contexte marqué par l'urbanisation rapide et la croissance démographique en Europe et en Amérique au début du XIXᵉ siècle. Il a été présenté pour la première fois à Paris en 1808 par l'abbé Constant Gazzera, avant de se diffuser dans toute l'Europe et les Amériques. À Londres, les Cosmorama Rooms ont ouvert en 1821, puis ont déménagé à Regent Street en 1823. Cette technologie s'inscrivait dans une tendance plus large de spectacles visuels immersifs, comme les panoramas, les dioramas et les boîtes d'optique, qui offraient au public une expérience de voyage sans déplacement.
Le *cosmorama* a connu un succès notable entre les années 1820 et 1850, avec plus de 650 expositions recensées en Europe, en Amérique du Nord, au Brésil, à Cuba et en Australie. Il était souvent présenté dans des jardins d'agrément, des établissements scientifiques ou des fêtes foraines, attirant un public de classe moyenne. Cependant, cette technologie a été progressivement remplacée par le *stéréoscope*, qui permettait une expérience 3D plus précise grâce à la photographie. Le *cosmorama* reste ainsi un exemple précoce de notre fascination pour les mondes virtuels et les expériences immersives.

